Irene Abello — Avaler la brume et disparaître
Exposition
Irene Abello
Avaler la brume et disparaître
Encore environ un mois : 24 septembre → 15 novembre 2026
À l’heure où les dérèglements climatiques bouleversent des millions de vies et contraignent des populations entières à l’exil, les forces de la nature se manifestent avec une intensité inédite. C’est de cette matière mouvante et imprévisible que le travail d’Irene Abello se nourrit. En saisissant les métamorphoses de l’eau, de l’air, de la lumière ou du feu, l’artiste donne forme à ce qui échappe habituellement au regard. Ses œuvres révèlent ainsi la fragilité des équilibres naturels et nous invitent à envisager, dans le détail d’une transformation presque imperceptible, les grands bouleversements de notre monde. Là où les catastrophes climatiques constituent les symptômes visibles d’une nature saturée par les excès de notre système, le travail d’Irene Abello en explore les signes plus subtils, faisant de l’attention une expérience à la fois poétique et politique.
L’exposition Avaler la brume et disparaître se déploie comme une vaste installation composée de trois photographies imprimées sur des voiles translucides. L’une d’elles, Galerne (2026), saisit ce phénomène météorologique également appelé Brouillarta, lors duquel un vent soudain et violent venu du nord-ouest se manifeste, notamment sur les côtes basques, sous la forme d’un front de nuages sombres et bas qui plonge les plages dans une atmosphère opaque et fait brutalement chuter les températures. Tornado (2026) capture la puissance tourbillonnante d’un cyclone, tandis que Se les dice lagunas a los huecos que quedan en los recuerdos (2026) (On appelle « lacunes » les vides qui subsistent dans nos souvenirs) montre des mains pressées contre une surface translucide, comme une tentative de contact avec ce qui demeure hors de portée. Prélevées par l’artiste dans le flot ininterrompu des images, ces trois photographies composent un répertoire visuel de phénomènes fugaces.
Deux sculptures suspendues, Satellite I et II (2026), déploient leur présence discrète et flottante dans l’exposition. Composées d’éléments empruntés à l’univers de l’atelier, du laboratoire ou de l’outillage, elles évoquent d’hypothétiques instruments destinés à capter les mouvements de l’air, l’humidité ou les variations atmosphériques. Leur fragilité contraste avec la puissance des phénomènes météorologiques représentés dans les photographies. Entre potentiel scientifique et imaginaire cosmique, ces sculptures aériennes semblent donner corps à l’invisible.
[…] D’autres sculptures explorent les relations entre réflexion, lumière et numérologie à travers un vocabulaire formel minimaliste, introduisant des suites numériques du mathématicien russe Grigori Grabovoï1 […].
Le titre Avaler la brume et disparaître condense l’expérience sensible proposée dans l’exposition. La brume y apparaît comme une matière à la fois physique et métaphorique : elle trouble la vision, brouille les contours et rend le monde incertain. « Avaler la brume » revient alors à s’immerger dans cet entre-deux, à accepter de perdre ses repères pour éprouver autrement les symptômes de notre époque. Quant à la disparition, elle renvoie autant à l’effacement des formes dans le brouillard qu’au caractère fugace des phénomènes atmosphériques.
L’exposition invite ainsi à habiter un espace de perception flottant où apparition et effacement, visibilité et invisibilité, se répondent constamment. La notion de disparition déplace le regard de la catastrophe vers des manifestations plus diffuses. Il ne s’agit pas tant de représenter l’effondrement que de nous rendre sensibles à un monde dont les contours sont instables, où les phénomènes apparaissent, se transforment et s’évanouissent. […]
Maëlle Dault
1 Les suites de Grabovoï sont des séquences de chiffres créées par le mathématicien russe Grigori Grabovoï, censées harmoniser la réalité, guérir le corps et attirer l’abondance par la vibration de la conscience. Chaque nombre possède une fréquence vibratoire qui correspond à une « norme » universelle et parfaite. Répéter, visualiser ou méditer sur une suite numérique permettrait de corriger un dysfonctionnement physique, psychologique ou financier en le ramenant à sa forme idéale.
Horaires
Du mercredi au dimanche de 14h à 19h
Plateau-Apéro : nocturne le 1er mercredi de chaque mois (sauf soirs de vernissage) jusqu’à 21h
Tarifs
Accès libre
Programme de ce lieu
L’artiste
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Irene Abello





