Lucia Laguna — Nem pássaro ou inseto, folha, bolha e galho…Nada escapa à armadilha do olhar

Exposition

Peinture

Lucia Laguna
Nem pássaro ou inseto, folha, bolha e galho…Nada escapa à armadilha do olhar

Encore environ 2 mois : 13 octobre → 15 décembre 2018

Ni oiseau ni insecte, feuille, bulle ou branche… Rien n’échappe au piège du regard.

La Galerie Karsten Greve présente la première exposition personnelle en Europe de l’artiste brésilienne Lucia Laguna (1941). L’exposition dévoile au public une vingtaine d’œuvres entre peintures et collages, dont la plupart réalisées spécialement pour cette occasion. Découverte récente dans le panorama de la peinture latino-américaine contemporaine, Lucia Laguna commence sa carrière artistique en suivant une formation à l’École de Beaux-Arts de Rio de Janeiro suivie par le peintre Charles Watson. Le Centre Culturel Cândido Mendez de Rio de Janeiro lui dédie sa première exposition en 1998 et très vite son œuvre fait l’objet d’une grande attention au Brésil. En 2012 la participation à la Biennale de São Paulo consacre sa carrière. Aujourd’hui son œuvre fait partie d’importantes collections publiques brésiliennes come le Museu de Arte Moderna de Sao Paulo, le Museu Nacional de Brasilia ou le Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro, où elle a eu sa première exposition institutionnelle en 2016.

Les toiles de Lucia Laguna nous plongent dans une atmosphère tropicale, où la juxtaposition absolument maîtrisée de couleurs brillantes et de formes à la fois organiques, géométriques et urbaines, donne un sens de mouvement perpétuel. Le collage et la superposition sont à la base du processus de création de Laguna. Son œuvre ne se crée jamais en partant d’une toile blanche, au contraire l’artiste travaille sur une peinture déjà réalisée par un de ses assistants sur un sujet discuté au préalable. Ce processus permet à l’artiste de se confronter en permanence avec des nouveaux défis formels et questionne la notion d’auteur.

L’atelier devient un laboratoire et bien que l’œuvre finale soit le fruit de la main de Laguna, elle est en même temps le résultat d’un rapport dialectique entre sa vision de l’art et celle d’un autre artiste. La démarche de Laguna n’a pas seulement à voir avec la superposition de couches de couleur, au contraire ses décisions comportent l’effacement des images précédentes. Son langage pictural est donc ambivalent : il est fait par accumulation mais il est en même temps iconophage et déconstructeur. Il détruit le geste de l’autre et le reconstruit selon ses règles, il décompose l’image des choses pour les mieux connaître et les recomposer différemment. Cette analyse articulée des objets rappelle les recherches cubistes, mais dans la peinture de Lucia Laguna le regard, bien que complexe, n’arrive pas à la connaissance totale et à la synthèse de l’objet. Cette volonté de recomposition reste frustrée à cause de l’incertitude et de la vitesse qui dominent dans la vie contemporaine. La peinture pour l’artiste a le pouvoir de sauver une pratique du regard lente et concentrée, qui se perd autrement dans le chaos d’images qui peuplent les villes contemporaines. Dans sa peinture nous retrouvons alors la dimension de la durée, des expériences qui s’accumulent en constituant notre identité présente. La recherche plastique de Laguna rend visible cette idée de durée : avec les temps les œuvres changent et se forment grâce aux retouches, aux stratifications. La démarche de Laguna s’inscrit dans une réévaluation, répandue parmi les nouvelles générations d’artistes, du médium pictural. Revenir à la peinture n’est pourtant pas une prise de position neutre. Choisir la peinture signifie se placer dans le processus d’une évolution historique théorisée et classifiée, avec ses maîtres, ses iconographies, ses expérimentations et ses révolutions. Choisir la peinture aujourd’hui ne signifie pas seulement se confronter avec l’histoire de la représentation du réel mais aussi avec celle de son dépassement. La posture des artistes contemporains alors se fait modeste, loin des velléités héroïques de l’innovation à tout prix, car la peinture est pour sa nature un médium traditionnel. Au-delà du problème de la légitimité de la représentation et de la recherche des vérités ultimes sur l’essence de l’art, Laguna peint ce qui l’entoure, son environnement quotidien et la vue de la fenêtre de son studio, associant son regard vers l’extérieur à l’espace intime du studio. Sa peinture est en même temps représentation et abstraction. Les relations chromatiques et l’accumulation de couches qui constituent ses tableaux reflètent la complexité et la fragmentation de la ville de Rio de Janeiro, où elle habite, et le contraste entre les quartiers de la bourgeoisie et les favélas qui grimpent sur la montagne. Cette fragmentation dans les toiles de Laguna fait écho à un certain surréalisme, en effet la pratique du collage — chère au mouvement avant-gardiste — lui permet d’associer des éléments figuratifs aux amples aplats et zones laissées presque vides. Son intérêt pour la synthèse et la construction de l’espace se retrouve dans son amour pour des artistes comme Paolo Uccello, Matisse ou Giorgio Morandi. Chez tous ces artistes l’espace est travaillé comme forme pure, loin des hiérarchisations de la perspective, plongeant les sujets dans une dimension temporelle suspendue. C’est exactement cela qui se donne à voir dans les toiles de Laguna : une sorte de topographie du regard où l’espace et le temps ont perdu leurs repères.

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Lucia Laguna (1941, Campos dos Goytacazes, Brésil) a été professeur de langue et littérature portugaise et latine. Après s’être retirée de l’enseignement elle obtient son diplôme à l’Accadémie des Beaux-Arts de Rio de Janeiro et commence à exposer ses œuvres dans des galeries d’art brésiliennes. En 1998 le Centre Culturel Cândido Mendes de Rio de Janeiro lui dédie sa première exposition personnelle et en 2012 elle participe à la Biennale de São Paulo. Depuis, le travail de Laguna a fait l’objet d’expositions personnelles au Brésil et il a été inclus dans des expositions collective au sein d’importantes institutions européennes comme le Martin Gropius-Bau de Berlin en Allemagne, le IVAM de Valencia en Espagne et le Museum Van Kunst de Anvers en Belgique. L’œuvre de Laguna fait partie d’importantes collections publiques brésiliennes comme le Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro, le Museu de Arte Moderna de SãoPaulo et le Museu Nacional de Brasilia. Elle vit et travaille à Rio de Janeiro.