Micky Clement — Ancora vita

Exposition

Photographie

Micky Clement
Ancora vita

Encore 18 jours : 3 février → 10 mars 2018

Micky%20clement%20ancora%20vita%20 %20statua,%202017 preview2 1 grid Micky Clément — Galerie Derouillon Micky Clément déploie un lexique pictural qui convoque l’histoire de l’art et ancre notre lecture dans une période — ou un « genre ... 2 - Bien Critique

Ancora Vita, encore en vie la nature morte.

Poncif de l’histoire de l’art depuis les salvateurs XVII et XVIIIème siècles, la nature morte ne cesse d’être redécouverte. Installations, vidéos, perfomances et photographies s’en emparent, lui offrent un nouveau souffle. Aujourd’hui Micky Clément ose faire palpiter les antiques cose naturali1. Il tente, par ses clichés brillants, de faire revivre des instants figés. Ses photographies statiques, au travers desquelles l’air semble avoir disparu, s’imposent comme une relecture du genre le plus bas de la hiérarchie picturale, mise au point en 1667 par André Félibien.

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Micky Clément, ANCORA VITA Tetto, 2017 Photographie — 120 × 180 cm Courtesy Galerie Derouillon, Paris

L’artiste propose une réécriture presque idéale des « natures animées2 » entre rêverie et voyage. Pour réaliser la série Ancora Vita, l’artiste a déserté, il est allé s’enfouir dans un territoire circonscrit, l’envie au ventre de retrouver un fameux cliché. Son voyage a commencé au creux du climat surprenant d’une petite île, d’une atmosphère inhabitée — hors saison. Après des jours de marche, noyé dans ses clichés et obnubilé par le refoulement de l’image « carte postale », l’artiste de retour à Paris s’aperçoit dans un moment d’après coup3 : « Je n’avais fait qu’une seule chose : reproduire à ma façon cette photographie qui m’avait faite partir là-bas, sans m’en rendre compte ». Les clichés d’Ancora Vita sont des accumulations de surfaces, de vues, de paysages quotidiens inhabités. Les lignes cassées s’entrecroisent, les plans se mélangent, les ombres s’y côtoient pour décrire des perspectives ordinaires tendant vers un onirisme pop.

Entre une Italie oubliée et une côte californienne balnéaire abandonnée, ces instantanés déstabilisants font fantasmer. Les photographies de Micky Clément dévoilent un travail de recherche minutieux. La couleur, avec un rose puissant et nouveau au sein de l’œuvre du photographe, rappelle par de grands aplats les compositions du Pop Art américain des années 1960. Associés au bleu — palette caractéristique du photographe — les roses et blancs primitifs s’épanouissent au contact de textures paradoxales — la liquidité de la mer au bleu profond accolée à la rugosité d’un toit plat. Comme a fresco, les couleurs choisies par Micky Clément — et malgré leurs retouches contemporaines — renvoient aux surfaces mates de Fra Angelico autant qu’aux fresques de Botticelli4.

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Micky Clément, ANCORA VITA Ombra, 2017 Photographie — 120 × 180 cm Courtesy Galerie Derouillon, Paris

Plus que des expérimentations texturielles, les photographies de la série Ancora Vita s’imposent comme des chimères. Comme des natures mortes utopiques. Les images de Micky Clément se réfèrent inconsciemment aux vues statiques et froides, géométriques et calculées de Francisco de Zurbarán, maître ultime de l’agencement au siècle d’or espagnol. Référencées, symboliques, les bodegón du grand peintre hispanique sont chargées des maux des sociétés anciennes. Memento mori, vanités, les tables dressées du XVIIème siècle exposent subtilement la violence du temps qui passe, les risques de la disparition. Cette même fatalité semble poindre dans les épreuves du photographe français.

Malgré de minces signes de vie encore dispersés et agencés au hasard — pots de fleurs, Venus de marbre, table, chaises — au sein des vues anodines désertées — escaliers, piscines, volets clos — la vie, résistante, semble se dégager du cadre photographique.

Ces photographies sont finalement les images fixes d’un voyage dans un espace inconnu. Elles sont des natures mortes en soit, mais troublent notre perception du monde, du quotidien, de l’espace. Elles évoquent et distordent des scènes banales devenues surréalistes et laissent, avant tout, les sensations du regardeur se déployer. Ancré dans un rêve, le spectateur rejoint le photographe dans un vagabondage qui rend paradoxalement vivant.

Pauline Pavec

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1 VASARI Giorgio, terme employé par l’auteur pour désigner les motifs peints de Giovanni da Udine, les première natures mortes, XVIIème siècle

2 DIDEROT Denis, Salons, in La Correspondance littéraire, Paris, entre 1759 et 1781

3 FOSTER Hal, Le retour du réel. Situation actuelle de l’avant-garde, La lettre volée, Bruxelles, 2006

4 BOTTICELLI Sandro, fresque de Vénus et les Trois Grâces offrant des présents à une jeune fille, vers 1483 — 1485, Louvre, Paris