Sandra Rocha — Le moindre souffle

Exposition

Photographie

Sandra Rocha
Le moindre souffle

Dans 2 mois : 10 octobre → 19 décembre 2021

Rien, dans le monde entier, ne demeure, / tout flue, toute image formée flotte… tout change. (Ovide, Les Métamorphoses, Livre XV — Pythagore — Traduction par Marie Cosnay, Les Métamorphoses, Paris, Édition de l’Ogre, 2017)

L’installation déployée par Sandra Rocha au sein des espaces du Centre Photographique d’Île-de-France est née de la rencontre féconde entre des images fixes et des images en mouvement produites par l’artiste au cœur de ses Açores natales, dans les entrailles même de sa terre nourricière.

Dans la continuité de ses précédentes séries, Sandra Rocha met à nouveau au centre de cette nouvelle composition la place de l’homme dans son environnement naturel et les liens de communauté qui se tissent entre les vivants.

Les paysages réconfortants qu’elle convoque, tout droits sortis du jardin d’Éden, invitent les corps, apparitions célestes, à entrer en communion avec cette mère-nature dont la luxuriante végétation semble protéger ces hommes, en totale fusion avec les éléments.

Dans un geste d’hyper attention à ce qui l’entoure, Sandra Rocha fait se rencontrer l’humain et l’animal, le minéral et le végétal, sans distinction ni hiérarchie. Ses images nous interpellent sur notre statut de vivant. Nous sommes tous nés de cette matrice terrienne, mais qu’en avons-nous fait ? L’ère de l’anthropocène, marquée par l’emprise de l’être humain sur la nature, a produit les dérèglements que l’on connaît sur les écosystèmes de la planète. Notre civilisation peut-elle se régénérer et permettre à chacune des espèces qui la composent d’exister en harmonie les unes avec les autres ?

Comme une invitation à cette réflexion, Sandra Rocha instaure un dialogue (une réconciliation ?) entre les mondes, entre les êtres, et plante le décor de ses questionnements. Imprégnée par des chefs-d’œuvre littéraires classiques, ici celui des Métamorphoses d’Ovide, elle rend aussi hommage à d’autres textes contemporains tel que celui de Jean-Christophe Bailly, Le moindre souffle (sur le vivant)1, véritables compagnons de route qui la guident dans sa quête et la nourrissent.

À travers des séquences d’images, elle met en scène des micro-récits symboliques, reflets de nos états d’âme et de nos souffrances. Comment vivre avec son identité, sa sexualité, sa féminité, comment appréhender celle ou celui qui nous ressemble mais qui nous est aussi étranger ?

Les corps juvéniles qu’elle engage au sein de ses images se parlent et entrent en résonance avec la pierre, les arbres, l’eau. Les animaux ne sont jamais loin, eux-mêmes complices d’une humanité où chacun pourrait retrouver sa dignité. En prise avec leur environnement direct, ces corps pourraient à tout instant se transformer, se réincarner et se faire fleur, bête, astre ou dieu. Ils sont le prolongement de possibles vies antérieures, et pour reprendre les mots d’Emanuele Coccia, des « …formes qui s’estompent les unes dans les autres, (…) s’engendrent les unes des autres ».2

Au loin se fait entendre le chant millénaire des Métamorphoses. C’est Narcisse que l’on voit attaché à chercher à l’extérieur de lui quelqu’un qui est en lui, qui est lui. C’est Actéon transformé par Diane en cerf ou l’Hermaphrodite en perte d’identité dont le corps fusionne avec celui de la nymphe Salmacis. C’est tant d’autres mythologies portant en elles tous les méandres de la vie, auxquelles Sandra Rocha offre une continuité dans un hymne à la beauté du monde et à ses agitations, dans le souffle d’une polyphonie du vivant.

Fannie Escoulen

Sandra Rocha est née aux Açores et vit à Paris. Sandra initie sa formation en 1996 au Centre d’art Ar.Co à Lisbonne, puis travaillant pour un quotidien portugais pendant 4 ans. En 2003, elle quitte le journal et cofonde le collectif de photographes Kameraphoto (2003-2011). Elle collabore alors régulièrement avec la presse et reçoit en 2005, le grand prix de photojournalisme Visão-BES présidé par Ian Berry, fait toujours inédit pour une femme au Portugal. En 2008 elle obtient un master en histoire de l’art contemporain à la Faculté des sciences sociales et humaines de l’Université Nova de Lisbonne. La même année elle est sélectionnée pour intégrer le programme « Créativité et création artistique » de la Fondation Calouste Gulbenkian où elle développe son projet Portrait of Lady. Ces dernières années elle a privilégié le livre comme support de présentation de ses projets. En 2019, après six ans en France et trois monographies, Sandra Rocha intègre le livre 50 ans de la Photographie Française de Michel Poivert.

Fannie Escoulen est née en 1978 à Valence, France. Elle vit et travaille à Marseille et Paris, France. Diplômée de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, Fannie Escoulen est commissaire d’exposition indépendante, spécialisée en photographie contemporaine. Directrice adjointe du BAL à Paris de 2007 à 2014, elle a notamment été commissaire des expositions monographiques d’Antoine d’Agata et Stéphane Duroy au BAL, Kate Barry aux Rencontres d’Arles et Anne-Marie Filaire au Mucem. Elle a été chargée par le ministère de la Culture en 2018 d’une programmation autour des femmes photographes à Paris Photo. Elle collabore régulièrement avec des maisons d’édition et mène des missions de conseil pour des entreprises et des mécènes pour la photographie. En 2020, elle a été commissaire de l’exposition Ici mieux qu’en face, dédiée à l’artiste Laurence Aëgerter au Petit Palais à Paris.

Commissariat de Fannie Escoulen et Nathalie Giraudeau

1 Jean-Cristophe Bailly, Le Parti pris des animaux, Paris, Christian Bourgeois éditeurs, 2013.
fn2. Emanuele Coccia, Métamorphoses, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2020.

77 Seine-et-Marne Zoom in 77 Seine-et-Marne Zoom out

107, av. de la République

77340 Pontault-Combault

T. 01 70 05 49 80 — F. 01 70 05 49 84

www.cpif.net

Horaires

Du mercredi au vendredi de 13h à 18h
Samedi et dimanche de 14h à 18h
Et sur rendez-vous

Tarifs

Accès libre

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