Szabolcs Bozó — Antidote
Exposition
Szabolcs Bozó
Antidote
Dans environ un mois : 23 mai → 20 juin 2026
« À quoi sert l’art, que peut-il, quelle est sa finalité ? » Telle était la phrase d’ouverture du texte d’exposition rédigé par Scott Indrisek pour la première exposition solo de Szabolcs Bozó à la galerie Semiose, en juin 2020, en pleine pandémie de COVID, intitulée Big Bang. Six ans plus tard, dans un monde en proie aux troubles et à la guerre, assailli par les réseaux sociaux, la désinformation et l’omniprésence de l’IA, l’artiste hongro-britannique basé à Londres revient à la galerie avec une série d’œuvres entièrement nouvelles qui, une fois de plus, se présentent comme « un antidote au bourdonnement anxiogène du quotidien » (Scott Indrisek).
Depuis sa dernière exposition, Szabolcs Bozó a continué à façonner son propre univers, peuplé de descendants d’un long héritage de l’animation hongroise, qui a évolué du folklore traditionnel vers une iconographie complexe, pétrie de psychologie. Travaillant avant tout avec papier et crayon, il traite ses dessins comme des notes mentales — un journal visuel reflétant l’état du monde qui l’entoure. Alors que l’humanité semble se tenir à un tournant historique, ses images sont plus pertinentes que jamais. Pourtant, minimisant presque la gravité et le contexte de ses nouvelles œuvres, il déclare : « Je ne les décrirais pas exactement comme une tentative d’échapper à la réalité ; quand on vit dans une grande ville, on en est constamment conscient. Cependant, dès que j’en ai l’occasion, j’essaie de peindre des choses porteuses d’espoir plutôt que déprimantes. »
Szabolcs Bozó conserve délibérément les défauts et imperfections sous-jacent à ses figures, qui ressemblent à première vue à de simples portraits de personnages enjoués. Son application énergique de la peinture et son recours occasionnel à l’empâtement donnent naissance à des images en apparence « mignonnes », tout en dévoilant leur côté plus sombre. C’est là l’idée principale qui sous-tend ces reflets parfois déformés ou flous, et qui rappelle certaines similitudes avec la façon dont nous avons tendance à nous percevoir nous-mêmes en ligne ou sur les réseaux sociaux. Lorsque nous faisons défiler les actualités de manière compulsive, nous disposons rarement du contexte complet d’un événement et nos impressions spontanées peuvent facilement nous jouer des tours. Suggérant l’idée de multiples identités co-existantes, les protagonistes de Szabolcs Bozó empruntent des caractéristiques aux uns et aux autres et, parfois, se fondent en un mélange chaotique et absurde de traits, de couleurs et de gestes. Chaque fois qu’il aborde des questions majeures telles que la destruction massive à l’échelle mondiale ou les agressions au couteau, l’artiste semble enclin à réagir en rassemblant une armée de super-héros animaux pour nous protéger.
Cette approche anthropomorphique confère à son œuvre un caractère fabuleux. Les fables occupent une place importante dans les traditions narratives du monde entier — des contes animaliers du Panchatantra en Inde au trickster dans les traditions orales africaines — et la Hongrie natale de Szabolcs Bozó possède une tradition narrative picturale particulièrement riche. Étroitement liées au folklore, ces histoires offrent des leçons de survie et de ruse, servant parfois de commentaire social et reflétant en particulier les dynamiques sociopolitiques du XXe siècle. De la même manière, Szabolcs Bozó utilise ces allégories pour méditer sur la vie, mais contrairement aux fables traditionnelles, structurées et ordonnées, ses peintures, avec leurs éléments gestuels excentriques, sont « bruyantes » et transmettent souvent une impression de mouvement. Elles reflètent le côté haut en couleur, frénétique et souvent absurde du subconscient humain — l’expérience chaotique et imprévisible de la vie. Cet aspect improvisé est devenu un élément fondateur de la pratique de l’artiste, faisant du tracé intuitif une composante essentielle de son mode d’expression.
Si, à première vue, les images de Szabolcs Bozó peuvent sembler s’apparenter aux planches de storyboard de dessins animés de Hanna-Barbera ou de Disney, elles ont en réalité davantage en commun avec les gribouillis et les gestes de Cy Twombly, les peintures d’éclaboussures de Jackson Pollock ou les toiles stratifiées de Willem de Kooning. Témoignant de la grande importance que l’artiste accorde à l’authenticité et à l’immédiateté du tracé direct, la série d’œuvres la plus récente de Szabolcs Bozó est entièrement centrée sur des coups de pinceau spontanés, des gestes énergiques et une fraîcheur exaltante. Capturant les instants fugaces d’inspiration et évoquant l’écriture à la main, son approche gestuelle de la peinture remet en question l’idée de ce à quoi devrait ressembler un tableau « achevé ». En laissant délibérément visibles des parties de toile brute et certains coups de pinceau « inachevés », les nouveaux « dessins picturaux » de Szabolcs Bozó accordent plus de valeur à l’intuition, à l’immédiateté et au processus créatif lui-même qu’à un produit final lisse. En dévoilant le parcours créatif, les décisions, les erreurs et les mouvements physiques, son œuvre devient un canal de communication entre l’artiste et le spectateur. Ce faisant, elle est capable d’explorer des sujets plus personnels et profonds, sans jamais être limitée par la logique du langage ou du bon sens. Ainsi, plutôt que de s’immerger dans la scène, on peut presque voir le tableau se construire sous nos yeux et recevoir ainsi un « antidote » immédiat à la réalité déprimante qui se déroule en dehors du tableau.
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Vernissage Samedi 23 mai 11:00 → 20:00
Horaires
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur rendez-vous