Thomas Ruff — Tableaux chinois

Exposition

Photographie

Thomas Ruff
Tableaux chinois

Encore environ un mois : 14 janvier → 6 mars 2021

Thomas ruff galerie zwirner paris exposition david 1 1 grid Thomas Ruff — Tableaux chinois Première exposition en galerie à Paris depuis 2006 de Thomas Ruff, Tableaux chinois fait figure d’événement à la galerie David Zwir... 2 - Bien Critique

David Zwirner présente une exposition de photographies récentes de l’artiste allemand Thomas Ruff dans les espaces de sa galerie à Paris. Cette exposition présentera des œuvres de la série tableaux chinois (2019-) qui a fait l’objet d’une première présentation à l’automne dans le cadre d’une exposition personnelle au K20 — Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf (jusqu’au 7 février prochain). Des œuvres de la série des tableaux chinois ainsi que quinze autres séries qui remontent à 1989, seront incluses dans after.images, une exposition personnelle de l’artiste curatée par Martin Germann au National Taiwan Museum of Fine arts, Taichung, qui ouvrira en mars 2021.

Thomas Ruff (né en 1958) s’est imposé sur la scène internationale à la fin des années 1980 en tant que membre de l’école de Düsseldorf, un groupe composé de jeunes photographes ayant étudié sous la direction de Bernd et Hilla Becher à la célèbre Kunstakademie de Düsseldorf et qui se sont fait connaître par leur approche expérimentale du médium et de ses nouvelles capacités technologiques. Créant par séries, Ruff a depuis utilisé ces méthodes pour mener une recherche approfondie sur les divers genres photographiques dont le portrait, le nu, le paysage ou la photographie d’architecture.

La recherche globale de l’artiste sur la “grammaire de la photographie’’ vient rendre compte non seulement de l’hétérogénéité de ses sujets, mais également de la très grande diversité de moyens techniques utilisés pour la production de ses séries, allant du recours à des procédés anciens aux technologies numériques les plus pointues en passant par presque tous les procédés techniques intermédiaires.

Les tableaux chinois de Ruff sont nés de l’intérêt de longue date de l’artiste pour le genre de la photographie de propagande, qui représente une version idéologiquement orientée de la réalité et rentre intrinsèquement en conflit avec la capacité mimétique du médium. L’artiste a déjà exploré ce décalage entre représentation et réalité dans des séries telles que Zeitungsfotos (1990-1991) et Plakate (1996-1999), mais il élargit ici son champ d’action pour englober simultanément l’analogique et le numérique, ainsi que le culturel et le politique.

Au début des années 2000, Ruff est tombé par hasard sur un catalogue consacré à Mao Zedong qui valorisait la vie et les réalisations du leader chinois, et s’est intéressé dès lors à Mao non seulement en tant que figure politique mais également en tant que référent culturel, représenté par un éventail d’artistes occidentaux — notamment Andy Warhol. Ruff fit ensuite l’acquisition de nombreux numéros du magazine — la version française d’un périodique du Parti communiste chinois produit spécifiquement pour l’Europe et édité dans plusieurs langues occidentales de la fin des années 1950 aux années 1970 en tant qu’outil de promotion du communisme. L’artiste s’est particulièrement intéressé à ce matériel iconographique durant plusieurs années, en réfléchissant à la position unique de la Chine, pays à la fois technologiquement avancé et idéologiquement régressif. Suite à cette réflexion, Ruff a commencé à imaginer une manière d’incarner cette dichotomie en une seule image.

Pour créer ces œuvres, Ruff commence par scanner les images de ces publications représentant, entre autres sujets, des soldats souriants, des vues panoramiques, de grands rassemblements et le président Mao lui-même en les agrandissant considérablement pour révéler les points en demi-teinte créés par le procédé d’impression offset. Il duplique ensuite l’image et convertit la demi-teinte offset en une structure élargie de pixels. Ensuite, il place ces nouvelles images en deuxième ou troisième couche au-dessus du scan original, puis il enlève de façon sélective des parties de la deuxième ou de la troisième couche. L’image qui en résulte présente donc à la fois la demi-teinte de l’impression offset “analogique” ainsi que la structure “numérique” de l’image en pixels, mettant ainsi à nu les techniques des XXe et XXIe siècles pour la création d’images de propagande. Comme le fait remarquer Susanne Holschbach, “Ruff a fusionné visuellement sur un même plan pictural le processus technologique de préparation des photographies pour leur diffusion en masse de deux époques photographiques différentes”.

Le titre de la série est un hommage au peintre islando-français Erró (né en 1932), dont les Tableaux chinois des années 1970 avaient recours aux codes du Pop art pour représenter des personnalités de la Chine communiste visitant des sites à travers le monde, mêlant images de propagande et images du quotidien. L’exposition dans la galerie parisienne coïncide avec Studio: Thomas Ruff une présentation en ligne sur davidzwirner.com.

Né en 1958 à Zell am Harmersbach, en Allemagne, Thomas Ruff a étudié à la Staatlichen Kunstakademie de Düsseldorf de 1977 à 1985. Une exposition personnelle de son travail est actuellement présentée au K20 — Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, et ce jusqu’au 7 février 2021. En 2018, le travail de Ruff a été présenté dans le cadre de l’exposition Photography Spotlight au Victoria and Albert Museum de Londres qui marquait l’ouverture du nouvel Photography Centre du musée. L’artiste y présenta Tripe un ensemble inédit d’œuvres résultant d’une commande spéciale pour l’inauguration de l’espace.

Les œuvres de l’artiste font partie des collections de musées dans le monde entier, notamment à l’Art Institute of Chicago ; au Dallas Museum of Art ; au Essl Museum, Klosterneuburg, Autriche ; au Hamburger Bahnhof — Museum für Gegenwart, Berlin ; au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington, DC ; au K20 — Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf ; au Metropolitan Museum of Art, New York ; au Moderna Museet, Stockholm ; à la National Gallery of Victoria, Melbourne ; au National Museum of Photography, Copenhague ; au Solomon R. Guggenheim Museum, New York ; et au Stedelijk Museum voor Actuele Kunst (S.M.A.K.), Gand. Thomas Ruff est représenté par David Zwirner depuis 2000. C’est la première exposition de l’artiste à la galerie David Zwirner Paris et sa onzième avec la galerie. Parmi les expositions personnelles précédentes à la galerie de New York figurent press++ (2016), photograms and ma.r.s. (2013), Thomas Ruff (2010 et 2007), New Works (2005 et 2003), l.m.v.d.r. (2001) et des nudes (2000). En 2016, New Works a été le premier solo show de Ruff à la galerie de Londres, et en 2019, l’exposition Transforming Photography a été présentée dans les espaces de la galerie à Hong Kong. Ruff vit et travaille à Düsseldorf.