Yann Stéphane Bisso — Les nuées sont des vagabonds qui dérivent
Exposition
Jours
Yann Stéphane Bisso
Les nuées sont des vagabonds qui dérivent
Encore 7 jours : 9 octobre → 6 décembre 2025
Le premier tableau que j’ai aimé de Yann représentait une nuée d’oiseaux noirs sur un ciel bleu taché de nuages. Il s’appelait Autobahn (2024), “autoroute” en langue allemande, et était comme une porte ouverte sur le vol, serré et groupé, des migrateurs qui l’habitaient. Le ciel est un élément central dans les compositions de Yann. Ses formats paysages se mettent d’ailleurs à son service. Il s’y passe des aberrations comme des irrévérences, des tumultes et des soleils incandescents. Le ciel est une fenêtre sur le rêve et l’ailleurs. Des jours s’y couchent, des divinités s’y cachent et des grands déplacements s’y opèrent. Des symboles s’y emboîtent comme autant de morceaux d’une histoire.
“Les nuées sont des vagabonds qui dérivent”. Au téléphone, Yann me parle du titre de son exposition en pesant chaque mot. Les “nuées” sont ces groupes d’oiseaux. Elles viennent en premier car elles racontent l’aventure migratoire collective et non celle isolée d’un individu. Elles sont malgré tout des “vagabonds”, des figures anonymes ou fugitives sur lesquelles on projette sans savoir nos fantasmes ou nos idées communes. On voit bien ce que l’on veut à la fin. Et finalement elles dérivent. La dérive, c’est le cœur dans le travail de Yann. Elle est poétique. Elle parle de hasard et d’aléatoire. “Regarde, c’est le printemps qui arrive” on dit souvent au passage dans le ciel d’une formation d’oiseaux. C’est l’avènement, l’imminence. Vers plus de chaud, de plus de froid. Ce qui intéresse Yann dans la peinture, c’est justement ce moment de tempête où l’oiseau plonge, les corps se lèvent, les nuages se forment.
D’où ils viennent, où ils vont, on ne le sait pas.
Les peintures de Yann nous parlent de ce seuil. Ces tableaux sont moins des fenêtres que des passages.
Il y a un avant et un après. Beaucoup d’éléments ou d’incarnations y déposent leurs ombres comme autant de traces fixées par la lumière, d’absences ou de trous dans l’histoire. Sa peinture donc est habitée par des nuées de fantômes. Je les vois en mouvement, en joie et en dialogue aussi. Ils vivent des aventures initiatrices, des histoires d’amour, d’érotismes, d’héritages ou de créatures fantastiques.
Ils incarnent les ancêtres. Ils font vœu de transmission.
Elisa Rigoulet, octobre 2025
Horaires
Du mercredi au samedi de 14h à 19h
L’artiste
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Yann Stéphane Bisso