Yihan Wang — Inter-
Exposition
Yihan Wang
Inter-
Passé : 16 → 22 janvier 2026
À l’occasion de l’exposition Inter- à Mspace, Yihan Wang présente l’œuvre Élégie de la farine. À travers cette installation, l’artiste invite le spectateur à ralentir et à porter un regard critique sur l’état actuel de la civilisation, plutôt que de s’y abandonner. L’œuvre propose de reconnaître que, dans cette vaste pâte sociale, le levain — assimilé au péché dans la tradition biblique — demeure une présence inévitable. Face au collectif, l’individu, bien que doté de libre arbitre, reste traversé par un sentiment de regret et d’impuissance, à l’image du Penseur d’Auguste Rodin, confronté à l’impossibilité de transformer le réel.
Puisque le moment de l’effondrement de la civilisation demeure incertain, autant que notre élégie prenne la forme d’une contemplation. Élégie de la farine trouve ainsi son origine dans une émotion complexe de préoccupation face à la civilisation humaine, inscrite dans un contexte historique dominé par l’anthropocentrisme. Lorsque nous ne prenons pas le temps de nous arrêter pour réfléchir, il semble que le monde progresse sans cesse : l’industrie et la technologie se renouvellent continuellement. Pourtant, nul ne sait réellement vers quelle destination ces « progrès » nous conduisent.
Les aliments à base de farine, produits d’un long développement conjoint avec la civilisation humaine, constituent une composante essentielle de l’alimentation. Utilisée comme matériau sculptural, la farine traverse les processus de fermentation et de cuisson : elle croît, se dilate, s’effondre, jusqu’à se durcir ou s’altérer, évoluant vers une issue inconnue.
L’œuvre s’articule autour de quatre sculptures, qui nous entraînent dans un parcours en autant de séquences, invitant à reconsidérer l’état actuel de la civilisation : Incrédulité, Déformation, Tourment, Élégie.
La Statue de la Liberté (Incrédulité)
Érigée il y a plus d’un siècle, la Statue de la Liberté incarnait la liberté et l’Amérique, tout en adressant un signal d’accueil aux migrants venus d’ailleurs. Dans le contexte contemporain, le rejet des immigrés porté par Donald Trump n’a-t-il pas déjà détruit l’image que la Statue de la Liberté était censée représenter ?
La Vénus de Milo (Déformation)
Symbole majeur de l’esthétique grecque antique, la Vénus de Milo incarne depuis toujours une beauté dite éternelle, précisément à travers sa mutilation. Pourtant, soumise à la fermentation incontrôlable de la farine, son corps se transforme au cours de la cuisson, perdant progressivement la beauté originelle qui la définissait.
Le Penseur (Tourment)
Le Penseur incarne la réflexion de Dante Alighieri face aux multiples péchés de l’enfer ainsi qu’aux tragédies humaines contemporaines. Tout en exprimant compassion et sollicitude à l’égard de l’humanité, il porte en lui une profonde affliction et de violentes contradictions intellectuelles. Le Penseur n’est pas un juge : il se tient lui-même à l’intérieur de La Porte de l’Enfer, en tant que témoin. Il comprend tout, mais demeure incapable de tout transformer.
La Pietà(Élégie)
Dans l’histoire de l’art chrétien, la Pietà autorise l’« échec », la douleur et l’impuissance comme thèmes centraux. Il ne s’agit pas de commémorer la mort de Dieu, mais de reconnaître la fragilité humaine comme porteuse de sacralité. Les visages apaisés de Marie et du Christ semblent accepter le destin avec sérénité. Associée au processus de fabrication de pâtes fermentées, l’œuvre devient à la fois une élégie de la civilisation et un acte de réflexion et d’introspection culturelles.
Élégie de la farine laisse ainsi en suspens des questions ouvertes : nul ne sait si un jour la farine asséchée tombera du ciel comme une poussière, recouvrant les traces de la civilisation, ni dans quelle direction celle-ci devrait désormais se tourner.





