Hélène Muheim
Exposition personnelle,
Du 13 mars au 12 Avril 2025
Galerie Valérie Delaunay,
20 rue de Chapon, Paris
We’ll keep on blooming !
[ .. ] C’est à ce moment précis que l’on peut quitter le rivage et s’introduire dans l’infinie minutie de ses sous-bois foisonnants qui se dévoilent à la manière de paysages fantastiques. S’ils peuvent évoquer les imageries pittoresques de la découverte du Nouveau Monde, ils réussissent à transcender cette esthétique illustrative pour nous embarquer dans un voyage nourri de la légèreté des images du monde flottant de l’art japonais. De grande taille, les dessins se déploient à la manière de kakémonos ou de membranes vivantes. Iles mouvantes, jouant de l’équilibre subtil entre pleins et vides et embarquant avec elles un imaginaire puisé dans la jungle indienne qui fascine l’artiste depuis 20 ans.Et si nous étions restés au bord au début, nous y tombons désormais, ou plutôt, nous y succombons. En effet, leurs rivages, à savoir leurs contours, sont irréguliers, incertains, difficile à circonscrire. Sans cadre.Des élections libres, des intériorités impermanentes. « A l’intérieur de la jungle, en Inde, c’est un sentiment océanique qui m’a envahi, tel que celui énoncé par Romain Rolland et Freud » confie-t-elle, décrivant une puissante connexion de son corps avec la nature. « Cela s’est passé comme une naissance, ou une renaissance au monde. »Nous voilà dedans nous aussi, immergés dans ces ailleurs aux multiples feuillages où apparaissent d’incessantes paréidolies. Singes, oiseaux, personnages… ? On ne se lasse pas de la méticulosité du trait qu’elle appose à l’encre et qu’elle colorie et estompe avec du fard à paupière. Nul hasard que l’on soit alors séduit par ces atours. « Je maquille le monde » dit-elle en riant. La feuille de papier devient la seconde peau de l’artiste sur laquelle elle explore les cités d’or que recèle le paysage. Comme un perpétuel renouvellement de l’éphémère qu’on a tant aimé et dont on s’aperçoit, une fois qu’il a disparu, que c’était l’image latente du bonheur.
Les dessins d’Hélène Muheim se tiennent ainsi, fragiles et délicats, sur cet entre-deux entre beauté éphémère et image rémanente, persistante. Dans la grande tradition des artistes voyageurs romantiques, qui aimaient peindre les détails du monde, elle nous offre, dans cette nouvelle exposition, sa poétique de l’ailleurs, suspendue entre deux-mondes, le mémoriel et l’imaginaire, jamais vraiment figée, nous laissant au bord, dans une contemplation doucement inassouvie.
Extrait du texte de Julie Chaizemartin
Journaliste et critique d’art,
Février 2025
Hélène Muheim
Contemporain