George Rouy — Belly Ache

Exposition

Peinture

George Rouy
Belly Ache

Encore 26 jours : 26 novembre → 22 décembre 2022

Des théories récentes suggèrent que nos intestins — organes si peu ragoutants dans l’imaginaire collectif — fonctionneraient comme un second siège de nos émotions après notre cerveau. Pourtant, le vocabulaire, dans toutes les langues, en atteste depuis toujours avec des dizaines d’expressions relatant conflits ou mal-être : « avoir la boule au ventre », « être pris aux tripes », « être rongé de l’intérieur »… George Rouy reprend ses images à son compte dans ses peintures depuis des années.

Si le ventre révèle notre psychologie, il s’avère également être le lieu de la grossesse, de la création. Rouy souhaite le rappeler haut et fort : peindre, c’est donner naissance. L’œuvre revêt ainsi le même caractère éminemment intime que le corps lui-même. La peinture se dévoile tel le récit d’une expérience, d’un état de santé et de conscience d’un moment particulier. La figure humaine s’est donc naturellement imposée comme sujet principal des recherches plastiques de l’artiste. Rouy façonne ses corps comme ceux de golems, à la fois êtres inachevés et morts-vivants. Ses créatures ne se placent pas du côté du portait classique mais entrent en dissonance tout autant qu’elles se complètent, à la fois fluides et écorchées.

Ses corps s’aventurent dans le champ de l’énergie, de la vibration, ou de quelque chose de l’ordre du fantôme, et deviennent prétextes au développement de paysages mentaux, de collection d’idées. Les peintures de Rouy ne fonctionnent jamais en série et mêlent différents styles, naviguant entre la schématisation de Fernand Léger, le cubisme de Pablo Picasso ou encore la déstructuration d’Adrian Ghenie. Cette manière de penser l’art sans linéarité ni continuité définit le chaos non scénarisé que propose cet artiste, qui a choisi le pas de côté perpétuel à un horizon morne et rectiligne.

Les nouvelles peintures proposées pour l’exposition Belly Ache reflètent parfaitement cette agilité d’esprit tout autant qu’une désinvolture rafraichissante. Certaines figures tiennent du glitch, comme si elles étaient brouillées entre un numérique bogué et une réalité qui elle-même devenait obsolète. Et pour cause, dans nos vies quotidiennes contemporaines, nous voyons autant, voire davantage, de corps digitalisés sur nos smartphones et sur internet que de personnes réelles. Rouy nous ramène crûment dans le tangible, tout en laissant certaines de ses créations dans un entre deux. D’autres figures disparaissent quasiment au profit d’un amas primordial et chaotique, une abstraction de chair et d’os. Si les formes humanoïdes de l’exposition semblent emprunter le langage de la science-fiction — paysages et corps stériles, désincarnés –, d’autres évoquent davantage l’iconographie d’arts traditionnels, de masques et de totems. Rouy est de ces artistes magiciens, de ceux qui captent les évolutions de notre temps, les reconnectent à notre histoire et arrivent subtilement à les révéler.

Loïc Le Gall, Directeur du CAC Passerelle