Philippe Mayaux — Butterfly Divinities

Exposition

Peinture

Philippe Mayaux
Butterfly Divinities

Encore environ un mois : 23 octobre → 28 novembre 2020

Il y a une forme de pudeur dans la peinture de Philippe Mayaux. Avec une grande délicatesse, une attention sincère pour le regardeur, il ne délivre pas d’emblée la gravité existentielle de son œuvre.

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Philippe Mayaux, Avant, 2020 — Acrylique sur papier — 142 × 182 cm © ADAGP, Paris. Photo Fabrice Gousset, courtesy Loevenbruck, Paris.

Parce qu’il sait que la vérité est ailleurs, il nous fait d’abord le coup du peintre-camelot, iconographe bon marché de monstres mi-hard-rock mi-train-fantôme (on en devine l’adolescence entre Gotlib et The Residents), qui fait peur pour rire. Mais cachée derrière les masques de fête foraine se révèle alors la vraie science (vs fiction), celle de la peinture. Philippe Mayaux est un alchimiste. Le monstre qu’il affronte depuis toujours, et singulièrement dans ses derniers tableaux, c’est le monstre de la peinture. En ce sens, loin du registre pop, auquel il est parfois associé, c’est en tant que peintre fondamental qu’il expose cet automne à la galerie Loevenbruck. Les peintures récentes de Philippe Mayaux sont plus réflexives que jamais. Intitulées Butterfly Divinities, elles composent un ensemble de petits tableaux où sur fond intergalactique se déploie un gang bang de têtes gargouillesques, pratiquement all-over. La méthode qui produit ces figures est simple ; comme tout dans l’Univers, tout part d’une tache, qui se dédouble, puis se démultiplie.

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Philippe Mayaux, Butterfly Divinity, 2018 — 2020 — Technique mixte sur toile — 27 × 35 cm © ADAGP, Paris. Photo Fabrice Gousset, courtesy Loevenbruck, Paris.

Ici, pas de psychologie à la Rorschach, les bouches grimaçantes s’extraient de la matière première, telles les ombres de la Caverne. Et en un battement d’ailes, le papillon se fait dieu et appelle Philippe Mayaux à surpasser d’une dimension encore — au moins — l’étoilement de sa peinture.

Philippe Mayaux voit surgir à la surface le monde intérieur du tableau, et sa peinture en fixe l’empreinte. Au-delà des illusions ludiques des paréidolies, des exercices de divination dans le marc de café, les tableaux de la série Butterfly Divinities ne nous disent rien de l’avenir ou de nous-même, et c’est pourquoi ils sont à la fois beaux et angoissants, absolument contemporains. Fixés ainsi pour l’éternité, ce sont les portraits des tableaux eux-mêmes qui nous regardent en miroir et nous percent de leurs pupilles aveugles.

Nicolas Chardon, Paris, le 14 septembre 2020