Louise Mutrel — École municipale des Beaux-Arts, galerie Édouard-Manet, Gennevilliers
À l’École municipale des Beaux-Arts, galerie Édouard-Manet, Louise Mutrel signe une installation à la mesure de son sujet : le tuning des camions dekotora (decorated truck), ces véhicules japonais transformés en œuvres roulantes, où le fantasme technologique se mêle au délire mythologique.
Pourtant, Louise Mutrel emprunte des chemins de traverse, bifurque, et fait surgir des moments parallèles, ambigus. Le quotidien y côtoie la fantaisie d’une sculpture monumentale inspirée d’un autre symbole populaire : le mecha, ce robot humanisé qui a marqué l’imaginaire des productions animées et graphiques japonaises. En détournant le geste initial d’exposition de soi, le parcours Starlight Express Club retranscrit l’ambition visuelle et la puissance symbolique d’une économie de production qui, malgré sa rigueur, ne renonce pas à la dimension spectaculaire.
Le gigantisme des dekotora se traduit ici par la massivité de caissons bruts, dont la luminosité et la richesse chromatique transforment les angles droits et les recoins obscurs du white cube en terrain de jeu créatif. Guirlandes, lampions étoilés et chaînes d’ornement, pareilles à des bijoux, contrastent avec l’amertume du kérosène, faisant de ces camions des pièces d’ornementation à partager comme un secret.
En jouant des contrastes — douceur d’un cockpit réaménagé façon rococo contre la froideur de la route, fantaisie de l’accessoirisation personnelle contre la rigueur technique de la conduite —, Louise Mutrel recompose des œuvres presque classiques, habitées par des fragments d’un réel déjà fantasmé.
Dans la pénombre d’une salle d’exposition aux allures de demeure résidentielle, les caissons projettent leurs lumières et envahissent l’espace de leur ronronnement, troublant une intimité pourtant confortable. Leur encombrement et leur incongruité forcent le détour, invitant le visiteur à formuler des énigmes dont on devine qu’elles ne se résoudront, comme ces créatures mécaniques romantisées par le désir humain, que par l’invention d’autres objets, d’autres rapports à l’esthétique.