Mamma Andersson — Galerie David Zwirner
Empreint d’un doux romantisme d’atmosphère et d’une redoutable acuité de transformation d’un quotidien basculé comme par magie dans le spectacle poétique de la rêverie, l’œuvre dessiné de Mamma Andersson déploie à la galerie David Zwirner une multitude de directions aussi riche que cohérente.
Répondant directement à l’architecture du lieu et à la baie de lumière qui l’irrigue, la sélection, foisonnante, s’inscrit dans le souci du geste, dans la question même de la pratique d’atelier, d’un faire qui participe de l’histoire de cette présentation.
Les paysages solitaires (mais toujours vibrants), les natures mortes pleines de sentiments, les scènes quotidiennes travaillées par une narration intérieure, les rêveries équivoques ; toutes les propositions de l’artiste, travaillées par l’urgence de leur motif autant que par le procédé technique qui les met au jour, déclinent une même attention à la vie, capable d’isoler son détail comme de mettre en exergue sa distance infinie. L’absence, le manque, dans ce contexte, deviennent de véritables acteurs et c’est un portrait en creux qu’Andersson parvient à faire naître d’une simple chaise, isolée sur un fond vibrant (Daniel’s Chair). Comme possédé d’une douce nostalgie fantastique, le réel d’Andersson s’acoquine avec le spectacle d’un surréel sans frontière où Dalí, De Chirico partagent la scène néogothique d’une Renaissance moderne.
Œuvre majeure de l’exposition (entre quelques autres saisissantes), la formidable série Scenes from a Marriage témoigne de cette synthèse inextricable entre le geste et la technique. Évoquant directement la série (télévisuelle, celle-ci) de Bergman, cette variation est née de la récupération de « chutes » d’une œuvre qui, ainsi retravaillée, décline le spectre d’une relation amoureuse en la contrastant d’un relief inexorable. Spectrales ou appuyées, les silhouettes recomposent un intérieur soumis à des intempéries qui en font un véritable paysage.
Naviguant ainsi dans un spectre narratif presque infini, c’est l’attention et la touche que Mamma Andersson applique qui font, au sein de chaque feuille, événement. Et l’efficacité de son trait, la douceur de ses figures, l’inventivité de ses perforations chromatiques participent d’un carrousel d’images au sein duquel on plonge, plein d’appréhension face à sa terrible séduction, pour s’y noyer avec bonheur.
Mamma Andersson, Œuvres sur papier , 23 avril — 27 juin, 2026, galerie David Zwirner, 108, rue Vieille du Temple, 75003 Paris