Mohamed Lekleti — Galerie lilia ben salah, Paris
Rien ne va de soi dans la peinture de Mohamed Lekleti. Adversaires contradictoires, figures disproportionnées, les torsions de ces figures divergentes trahissent autant l’empathie que la conquête, le secours que la mise en joug. La galerie lilia ben salah présente, sous le commissariat d’Éric Mangion, comme une manière de rétrospective de la vision kaléidoscope d’un artiste qui lie notre humanité aux amarres fragiles de son propre imaginaire. Dans tout ce qu’il a de plus ambigu.
« Mohamed Lekleti — Poussières d’exil », Galerie lilia ben salah du 19 mars au 31 mai. En savoir plus Dans cette sélection absolument saisissante d’une dizaine d’œuvres aux formats et styles multiples, une même saillie d’émotions et d’inventions se dispute la place sur le devant de scène aux centres de gravité mouvants. Le dessin, aussi agile que facétieux, joue de ses fragilités et de ses accidents pour introduire sa déréalisation de corps jetés dans le carrousel de nos contradictions. Les styles se chahutent, les corps se chevauchent ; son dessin ménage ses zones d’incohérence pour appeler notre imaginaire à pénétrer à son tour des visions qui, riches de leur propre géométrie, ouvrent d’autres dimensions que les nôtres, frappent et écorchent la rationalité d’un univers recomposé par jeu, effrayant par nécessité.Les supports emmêlent leur temporalité à leur forme pour faire parler leur relation toujours possible : les documents d’archive soutiennent des fictions liturgiques, les figures mythologiques sanctionnent les contorsions hollywoodiennes de leurs vis-à-vis outrés, les chimères aux corps doublement augmentés finissent d’abîmer une humanité tenue par le fil de sa propre main.
Par la truculence de ses inventions, par la persistance des liens qu’il invente, qu’il tire entre les corps, par la multiplication de chiffres, de lettres et de signes, Mohamed Lekleti offre une œuvre terriblement littéraire où la narration est aussi maîtrisée que son cadre laisse s’opérer le jeu de toutes les histoires que l’on se plaira à y jouer. Dans ce monde en suspens, tout s’étiole et tout s’étire, tout se gondole et tout s’effile. Rien ne va donc, mais tout, enfin, se tient, aussi mal que ce monde va bien.