The Grain of Our Hearts — Galerie du Jour agnès b.
Autour de l’esprit d’un poème de Donia Al-Amal, rappelant avec une crudité spectrale l’horreur d’une guerre qui se nourrit du cœur de ses victimes, six artistes palestiniens de différentes générations revisitent, à la Galerie du Jour agnès b., les mémoires et les imaginaires d’une vie à nouveau évanouie, inventant chacun la langue de cette réalité.
Les symboles et les métaphores se heurtent aux signes d’un quotidien lui aussi blessé, transformant toute réalité en allégorie de la perte.
Insistant sur la passation d’une voix entre les générations, l’exposition fait résonner les visions des artistes Samaa Abu Allaban, Maisara Baroud, Rehaf Al-Batniji, Adel Al-Taweel, Taysir Batniji, Amer Nasser pour ce qu’elles sont : des paroles singulières qui, si elles portent leur histoire, ne s’y réduisent pas. Chacune développe ainsi un son, un alphabet de formes personnel, où les signes du quotidien répondent au besoin de l’exorciser.
Par leurs enjeux autant que par leurs formes, les artistes invités participent à une véritable réflexion sur la place et le rôle de l’art dans la transmission de l’histoire. De la mise en forme d’un imaginaire hanté par l’exil à la persistance d’images intimes — quand bien même ce seraient celles d’autres — que la distance n’efface pas, chacun répond à sa façon à la sensibilité de la poète : quelle image, quel geste subsistent en nous, et comment en délimiter la forme pour la rendre partageable, pour faire survivre cette graine hors de nos cœurs ?
D’une indéniable qualité plastique, l’exposition The Grain of Our Hearts offre cinq moments, autant de fenêtres sur un enfermement qui nous dépasse et demeure, par la force des choses, dans un mutisme qui nous assourdit tous.