Pierre Creton — Crédac, Ivry-sur-Seine
D’une douceur presque souterraine, l’exposition Sambucus nigra de Pierre Creton déploie au Crédac une démarche qui poursuit l’une des problématiques récurrentes du centre d’art, engageant directement l’invention et l’art comme modes de déroulement de nos vies.
Au sein de ce parcours pensé avec un soin qui honore la sobriété programmatique de l’artiste, les temporalités de l’attention se percutent, légères et vivaces, en équilibre entre les émotions. Percuter, caresser, tailler, cheminer : la conscience du visiteur vire de la contemplation au choc, de la réflexion à la divagation, de l’imaginaire au souvenir partagé.
Films, dessins, présences végétales et fragments du quotidien y composent un précipité riche d’expériences — dans les deux sens du terme — traversé par des gestes dont la résonance devient profonde. Tout participe d’un même mouvement où germination, fécondation, végétal et organique s’ébattent avec une même sensualité. Un herbier d’inventions où la géographie, l’écriture de l’espace, se matérialise autant par la trace que par le mouvement personnel, la conscience d’un créateur capable de faire du dehors l’habitat naturel d’un art perpétuellement ancré.
Plastiquement, chaque proposition réinvente ainsi son style sans perdre la puissance d’un protocole qui, lui non plus, n’a rien d’autre de figé que l’exigence de laisser advenir les marques, les preuves d’une vie partagée où l’émotion, pour discrète qu’elle paraisse, n’en fait pas moins vibrer chaque détail (une ombre, une voix, une découpe) d’une intensité bouleversante.