L. Camus-Govoroff — Galerie Edouard Manet, Gennevilliers
À la Galerie Edouard Manet de Gennevilliers, L. Camus-Govoroff offre un parcours saisissant de cohérence et de maîtrise, qui multiplie les seuils et les passages, les pleins et les vides, pour dessiner une vision pleine de subtilité de la sensibilité.
« L. Camus-Govoroff — Le Bruit des larmes », Galerie Edouard-Manet de Gennevilliers du 28 mars au 6 juin. En savoir plus Ici, la rencontre et la découverte passent par une modulation liquide des matériaux où la densité et les contrastes de la matière (et donc de l’altérité) se lisent à l’aune de leur propre versatilité. Les contrastes à l’œuvre dans ce voyage sensible, aussi denses soient-ils, s’éprouvent et se surmontent comme autant de paliers à la dérive sur le cours tranquille des paradoxes.Singulière et terriblement chaleureuse derrière son minimalisme acéré, l’exposition replace l’expérience, imaginée aussi bien que vécue, au centre de l’attention : la sienne envers nous, la nôtre envers ce qui nous échappe. Ses médiums — sculpture (fer, verre), vidéo et vitrail — participent d’une esthétique de l’ambiguïté fondée sur les jeux de transparence et d’occultation, de pesanteur et de suspension. Sans jamais renoncer à la force de la monstration, L. Camus-Govoroff déploie dans l’espace une vision qui habite véritablement les lieux.
Elle y étrenne une étrange constance dans la fluidité, une dureté dans la ligne qui ne se réduit pourtant pas à la violence. Les angles aigus pointent vers la possibilité de leurs ramifications ; les formes concaves dessinent des arches qui permettent à d’autres structures imaginaires d’être supportées. Rien d’étonnant à ce que la toile d’araignée compte parmi les objets de fascination de l’artiste. Inventant une narration au fil même de l’expérience de ses pièces, l’abstraction et l’économie de signes parviennent indiciblement à rendre sensible la visée infiniment « accueillante » de l’artiste. Une attention qui se concrétise dans la très séduisante (et pourtant brute) installation d’une balançoire face à la densité d’une eau aussi remuante qu’apaisante.
Une manière d’assouvir un besoin de toucher et de sentir, né de ces jonctions de surfaces, de l’alternance du dur et du mou, mais aussi de la présence en creux de l’élément liquide. Cette eau des larmes, accompagnée du seul bourdonnement lancinant d’une ode à l’état de suspens, imprègne alors l’ensemble du parcours.
De cette expérience renouvelée de l’altérité, de la multitude de contrepoints au sein des formes employées par l’artiste, de cet équilibre permanent que ses pièces mettent à l’épreuve, jusqu’à la figure toujours divergente du fou qui nous accueille et nous fait face en fin de parcours, c’est alors un geste commun qui se fait jour, laissant envisager les transitions et les transferts entre des états (des réalités) que tout oppose, sauf l’essentiel.