Elsa-Louise Manceaux — Galerie Mariane Ibrahim
À la galerie Mariane Ibrahim, Elsa-Louise Manceaux, artiste française née en 1985 et installée au Mexique, déploie sa réinvention plastique d’un monde où tout fait mouvement.
« Elsa-Louise Manceaux, Hilda Palafox — Intersections », Galerie Mariane Ibrahim du 3 septembre au 3 octobre. En savoir plus Superpositions de matières, de lignes et d’intensités, les surfaces de l’artiste semblent travaillées par une urgence intérieure qui joue du relief comme de la planéité. Par glissement, l’œil se laisse emporter dans les formes et les figures indomptables d’un imaginaire sensible, où le végétal rend sa pareille au chimique et à l’organique. Les corps et organes s’y déploient avec une liberté joueuse et jubilatoire, formatant des espaces suspendus où les ordres confondent leur hiérarchie.Objet d’expérimentation, la toile devient un médium de projection qui délimite l’espace autant qu’elle lui adjoint une dimension nouvelle. Liée à l’histoire de l’art, sa recherche n’en est pas moins un réagencement technologique de la fonction de la toile. L’abstraction se dédouble : de son motif, elle devient aussi l’effet premier d’un espace donné qui nous éloigne de la simple narration. En cela, la communication, dans son sens étymologique et fondamental, devient un objet investi et problématisé par sa réflexion.
Et de communication, il est question ici.
À la manière d’un précipité subtil, cette présentation nous plonge dans l’œuvre selon une autre forme de procès, en déployant, derrière quelques toiles introductives, au cœur d’une peinture « radio », un dispositif de projection sur ses propres œuvres et de diffusion audio.
Sur le tableau se joue une confrontation polymorphe : confrontation des espaces, d’abord. L’espace mental de l’artiste se distribue dans les zones picturales ; l’espace intime de l’atelier, comme pour nombre d’entre eux, est habité par des voix familières de la radio — et notamment les antennes de Radio France pour les francophones. À ces espaces s’ajoute celui de la recherche, dans lequel l’action de l’artiste démultiplie les formes de contamination pour dramatiser les échanges et fondre les frontières en extirpant l’un de ces acteurs de la radio dans une discussion personnelle.
Dès lors, la part géographique de sa peinture déploie ses multiples profondeurs. Graphiques, poétiques, personnelles et plastiques, les dimensions s’effeuillent avec une intelligence et une espièglerie irrésistibles.