Kishio Suga — Galerie Mendes Wood DM, Paris
Alternant entre différentes périodes de création de l’artiste, l’exposition Kishio Suga (né en 1944) chez Mendes Wood offre une rétrospective resserrée dont l’économie et l’élégance rendent hommage à la subtilité de cette figure d’un minimalisme voué à maximiser notre sensibilité au monde, dessinant en son sein des dialogues de matières, d’éléments et de formes qui font, en toute discrétion, événement.
Ou, comme ce pionnier de l’installation « in situ » les invente depuis ses débuts, au milieu des années 1960, des « situations ». Peu présenté en France, ce membre éminent du groupe Mono-ha, auteur également d’une œuvre monumentale, trouve ici une mise en avant pertinente qui défend avec justesse la minutie et la précision d’un geste épousant l’aléatoire avec une retenue radicale.
Avec une simplicité troublante et une logique dont le décalage se fait hypnotique, Kishio Suga compose des œuvres qui investissent l’espace en lui imposant leur propre équilibre. Jouant précisément de la précarité et déjouant l’harmonie du parallélisme pour instaurer un mouvement constant, progressif et bien vivant, la géométrie se laisse déborder par les anfractuosités d’une matière avec laquelle elle se débat.
Les pièces mêlent légèreté et pesanteur, naviguant dans l’espace tout en faisant résonner leur singularité. Matériaux bruts, éléments manufacturés, nature et culture se partagent un même espace, celui du réel qui les contient et les réunit pour mieux dire l’importance de les considérer. Arasant ainsi les hiérarchies, rejetant tout symbolisme moral, Suga construit un minimalisme dont la radicalité vire à l’absolu ; le geste artistique recompose le réel pour donner à sentir sa variabilité, sa fragilité autant que la prégnance de son ordre, le poids et l’implication de chaque geste en son sein.
Toujours à l’écoute de la chose, dans sa singularité, c’est la matière, sa complexité et sa capacité à se lier à l’autre qui sont au cœur de sa recherche. Car il est toujours question chez lui d’un partage, d’une interdépendance qui emmène dans son sillage le regard vers une suite à venir.
Et, délivrée des seules affres de notre humanité sans les occulter pour autant, la matière recompose un ordre des choses qui, parvenant à dicter sa propre nécessité, pourrait bien nous délivrer du tragique.
Kishio Suga, du 26 mars au 04 juin 2026, galerie Mendes Wood DM Paris, 25, place des Vosges, 75003, Paris — Du jeudi au samedi de 11h à 19h