Liselor Perez — Galerie sans titre
Avec un équilibre subtil entre la mise en scène de la faille personnelle et la capacité à faire forme au gré de rencontres incongrues, Liselor Perez présente, à la galerie sans titre, garde-robe, une très belle première exposition personnelle qui navigue entre les échelles et les dimensions du vrai, les dissensions du rêve.
Là, l’objet quotidien, l’étrangeté du rêve et l’insupportabilité du réel se télescopent en une installation totale qui décline les techniques et se délecte d’une préciosité romantique qui questionne sa propre fétichisation.
Dans ce monde pastel, le dur et le mou se confrontent en un mélange organique où la figure humaine se voit reléguée dans les coins, irréalisée et comme défiant sa condition. À travers les plis de couettes entassées, dessinées au creux d’une armoire, des mains émergent, comme remontées des songes, pour absorber l’air qui leur fait défaut. Ce même air, capitonné par les sachets de brins de lavande évoqués dans les titres et incrustés çà et là. Qui alors, de nos rêves, de nos souvenirs ou de nos cauchemars, les dissimule dans les anfractuosités de l’imaginaire ?
L’exposition, sous son apparent chapitrage, se donne pourtant à la manière d’une expérience pleine où les médiums ne sont que des moments d’une réflexion qui donne sa réalité au reflet, qui fait de la représentation plastique la formalisation narrative de sentiments dont l’intensité ne peut que performer la vérité, et rendre toute leur contondance aux songes les plus doux.
Prise dans cette belle ambiguïté d’un dessin, d’une sculpture aussi fougueux que, par certains aspects, retenus et figés, la neutralité froide que tous ces corps, marionnettes sans maîtres, arborent n’est-elle pas le reflet de leur porosité ? Et la “garde-robe”, qui donne son titre à l’exposition, se mue en garde-frontière tout aussi plastique d’intérieurs-extérieurs que rien ne peut séparer.
Liselor Perez, garde-robe, du 12 mars au 25 avril 2026, galerie sans titre, 13, rue Michel Le Comte, 75003 Paris, France
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Lire notre article consacré à l’exposition de Liselor Perez à l’Eglise Saint-Eustache