Panorama critique des expositions 2026
Regards critiques, impressions sensibles et analyses ; retrouvez nos instantanés d’expositions au sein d’un panorama évolutif vous invitant à découvrir les artistes et les lieux qui rythment la scène artistique.
Mars
Claude Simon — Musée Lambinet, Versailles
L’exposition Claude Simon au musée Lambinet de Versailles offre une plongée kaléidoscopique dans l’expression polyphonique de l’écrivain poète et peintre mais surtout habité par l’expérience de faire, à sa manière, image. Si l’ensemble manque peut-être un peu d’ampleur, la fragmentation et la frontalité du sujet découpent l’espace du musée et s’insèrent dans la collection avec une belle acuité qui brise les lignes de lecture et opère une découpe du parcours très fine de la notion d’exposition. Et, dans l’intime du travail de sa propre main se révèlent des pans de l’histoire d’un écrivain capable de produire, comme le dit Roland Barthes dans une lettre ici exposée, “un texte si parfaitement texte et si au au-delà des mots”. Que cette confrontation aux arts plastiques ne peut que confirmer. L.D.
Amnesia — Centre Tignous d’art contemporain
Le Centre Tignous de Montreuil présente une brillante plongée dans la matérialité du souvenir et la concrétude de l’oubli avec son parcours Annesia qui mobilise, chez chacun des artistes participant, le motif de la ligne comme force dynamique de traversée des histoires. À ce titre, la scénographie, brillante, embrasse cette thématique pour jouer de la circularité d’un espace qui nous entraîne dans son tourbillon. Symboles et sens se brouillent dans les très convaincantes œuvres présentées pour stimuler, par l’affect et le percept, le grand flou des souvenirs. Temporalités télescopées, instants confondus, les œuvres de Luz Blanco, Aurore Pallet, Jean-Baptiste Perrot, Pierre Pimentens, Manon Pretto et André Vamos font résonner une indécision qu’on nous laisse flotter avec inspiration de l’une à l’autre, bien heureux de percevoir, chaque fois nouvelle, la possibilité d’un univers mental à reconstruire. G.B
Ruoxi Jin, Le Plateau, Frac Île-de-France
Qui est Ruoxi Jin ? Une artiste géniale qui ne fait jamais rien comme on l’attend, qui détourne notre attention pour mieux faire éclater la sienne, naviguant avec une même sagacité de l’infime objet à la personne qui en use. À l’occasion de son exposition au Plateau, elle invente un nouveau récit scandé par des objets héteroclites qui prennent vie à travers celle même de l’artiste. La voisine de son atelier, organisatrice de mariages chinois devient le temps d’une exposition l’héroïne d’une histoire à recomposer. G.B.
Février
Margaret Dearing — La Terrasse, Nanterre
La photographe Margaret Dearing offre à la Terrasse de Nanterre une exploration, par ses détours, de la ville de Nanterre. Embarquée à la suite de jeunes habitants de la ville dont elle tire un portrait sobre et sensible, elle découvre par leurs chemins de traverse leur quotidien buissonnier, l’envers d’une ville laissant poindre sa sauvage domesticité pour qui l’habite. La série, très réussie, insiste sur le passage, par la végétation comme par le regard, au-delà des grilles, au-delà des barrières tout autant qu’elle laisse résonner la voix de spectres, d’histoires qui imprègnent le décor de ces vies. G.B
Tal R — Galerie Max Hetzler
La galerie Max Hetzler présente une exposition de Tal R qui installe un délicieux jeu de question réponse entre les sujets et les intérieurs. La technique, camouflée par la spontanéité et le désir de peupler le vide, traduit la sensibilité d’un regard et d’un imaginaire qui se place à la hauteur de ses sujets. Empruntés à son entourage le plus proche, ses thèmes sont autant d’occasions d’explorer la matière peinture et de faire graviter, autour de ces scènes du quotidien, des expériences de formes et de couleurs. Comme la surface de sa toile, le paysage de son quotidien devient à son tour le cadre d’une invention où chaque élément devient le prétexte d’une histoire possible et le moteur de fictions accueillant chaque spectateur dans son intimité, pour peupler à son tour la sienne. L.D.
Stefan Rinck — Semiose
Riche d’une scénographie absolument parfaite, l’exposition Stefan Rinck chez Semiose sidère par sa capacité à changer les tons, manœuvrer les émotions et faire varier formes et matériaux autour de motifs enchanteurs. Car derrière la férocité espiègle des créatures de l’artiste émerge un vocabulaire formel d’une imagination réjouissante qui nous projette à travers les mythologies et les croyances sans jamais perdre de vue son amour de la matière, qui s’exprime là avec une puissance rare. Un display fantastique et inventif qui magnifie ce bestiaire pour inventer un défilé qui transforme la parade en une véritable odyssée. G.B.
Janvier
Mohamed Bourouissa — Le Louvre
En toute simplicité et armée d’une spontanéité assez réjouissante qui embrasse les codes de la communication contemporaine sans effleurer même l’idée de les surplomber, l’installation vidéo de Mohamed Bourouissa Les 4 Temps au musée du Louvre aura constitué une belle parenthèse dans le parcours du musée et aura marqué d’une empreinte pleine de pudeur l’institution en la confrontant à ce que le geste le plus simple ajoute à sa vie. Pensée comme un carnet de croquis vidéo, elle est surtout une formidable collection d’impressions partagées et d’hommages à échelle humaine à l’écosystème d’une institution qui se découvre ancrée dans un territoire. G.B.
Fabienne Verdier — Cité de l’Architecture et du Patrimoine
Le spectacle est saisissant à la Cité de l’Architecture qui dresse dans son enceinte des cimaises accueillant la peintre Fabienne Verdier. L’intensité de la couleur, la légèreté du crin de pinceaux répondent avec une étrange audace à la pesanteur de la pierre, à la densité d’ornements et de figures délirantes. Les lignes, vivaces et fugitives dessinent des voies de traverse dans cet univers pesant mais jamais figé et dont l’ouverture sur le présent, bien sensible autorise avec l’crtte invitation, une plongée hors du temps, dans celui de la peintre qui trouve ici un formidable écrin. L.D.
Valérie Novello — Galerie La Forest-Divonne
Jouant habilement de la légèreté et de la pesanteur, de la couleur et de la matière, Valérie Novello dévoile dans son exposition personnelle à la galerie La Forest-Divonne une plongée sensible dans son expérience de la couleur. Marqué par un rapport fondamental au papier, à la matière, son œuvre fait dialoguer couleurs et volumes en sections affectives d’un paysage habité par son regard. Ici, l’Italie des Pouilles bourgeonne à la surface accidentée de feuilles et de volumes. Dépouillée de signes, la géographie ne s’identifie que par les sens, peut-être seulement par l’émotion, et dépasse par là ses limites. Tel instant de ciel, tel fragment de champ deviennent les réminiscences d’histoires et d’espaces mêlés. Et les souvenirs de l’artiste, pareils aux fulgurances de vision, parlent autant des lieux que du regard, glissant à son tour à la merci des anfractuosités de son support, enrichissant d’autant le nôtre. G.B. En savoir plus
Léon Spilliaert — David Zwirner
La galerie David Zwirner dévoile une exposition tout en sensibilité du peintre belge Léon Spilliaert dont on découvre la sensibilité mystérieuse et assurément pleine d’inventions. Et tente de rattraper le rendez-vous manqué du public parisien avec cet artiste présenté lors de la dernière pandémie. Si le parcours surprend par sa compilation presque rudimentaire de pièces représentatives des talents de l’artiste, l’éclectisme formel et les disparités techniques pourront interroger. C’est pourtant ce déséquilibre qui contribue à asseoir le propos d’une exposition qui, tout autant qu’aux catégories, remet en question l’assignation du peintre à une époque. Tout entière tournée vers la modernité, sa lecture s’ouvre ainsi à la réception d’une invention indéniable, qui permet également de penser aux parallèles à découvrir avec d’autres zones géographiques… Et parvient à rendre la jeunesse qu’il n’a jamais perdue à cet œuvre. G.B. En savoir plus
Carin Ellberg — Galerie Andréhn-Schiptjenko
Une douceur incertaine entoure les œuvres de Carin Ellberg chez Andréhn-Schiptjenko et dessine un panorama plaisant de paysages parsemés d’étrangeté, où la porosité des techniques et des matières rend compte de la perméabilité d’un monde dont son œuvre traduit la mutation. En mouvement donc, le voyage imaginaire se voit sans cesse alimenté par l’indécision des lignes et la plasticité des horizons. L.D.
Philippe Mayaux- Galerie Loevenbruck
Perdue dans le cauchemar d’un lendemain de rêve, l’imagination se voit, au fil de l’exposition de Philippe Mayaux chez Loevenbruck, chahutée entre la détresse d’une déroute cosmique de l’utopie festive californienne et la beauté percluse de signes d’un espace de liberté réinterprété et enrichi par l’artiste. Car mieux que quiconque, Mayaux, par son invention et son regard diagonal sur une réalité qui effraie autant qu’elle fascine, fait de cet espace un terrain de jeu de concepts politiques, d’inventions picturales et d’enjeux philosophiques. Chaque accumulation devient un lieu possible d’accueil, un refuge pour une pensée à venir et surtout un kaléidoscope d’architectures dont les lignes de fuites et les perspectives accueillent plus qu’elles n’excluent. Un désert de possibles qui parvient, le temps d’un voyage immobile au sein de cimetière des souvenirs, à rendre un reflet saturé et singulièrement beau de ce rêve américain nourri de sa déchéance, riche de son émouvante décadence. G.B.
Valdrin Thaqui — Galerie Bremond Capela
Valdrin Thaqui convoque à la galerie Bremond Capela les fantômes du quotidien dans une série de portraits intimistes à la force expressive vénéneuse. Troublante d’efficacité technique et de sobriété, sa peinture puise dans la tradition du médium comme dans sa remise en question contemporaine, inscrivant une galerie d’émotions en trompe-l’oeil d’une recherche en contrechamp, cette baleine blanche qui donne son titre à l’exposition et hante les esprits de visages qui les camouflent. Car derrière son apparent classicisme, c’est la force et le champ de possible d’une génération que l’artiste célèbre en confrontant nos regards à la fuite de ceux de ses modèles. Et déjoue par là les attendus d’une tradition à travers des révolutions à échelle humaine, celles de l’intimité. G.B.
Sébastien Tellier — Galerie Perrotin
On aime (des fois) la musique de Sébastien Tellier et la création de Xavier Veilhan (souvent) mais leur exposition commerciale en duo à la galerie Perrotin est d’une rare insanité. Ce qui aurait dû être une fête du son et de l’espace tourne à l’élégie sans âme d’un produit liquidé avec le soin d’une publicité autoréalisatrice. La surenchère de marques commerciales, d’objets de luxe ornent un duel plus qu’un duo mégalomane ne touchant même pas à la grandiloquence qui l’aurait menée à une délirante fantaisie. Et noient surtout la belle candeur d’une voix et d’une écriture d’un auteur qui sait pourtant encore ménager ses effets et griser en prenant son monde à contre-pied ; derrière la façade du personnage idéalisé, la fragilité d’une écriture d’une naïve simplicité et d’une insoupçonnable candeur. Pas assez feinte pourtant pour ne pas se perdre ici en fausse piste, voire en sortie avec ces illustrations d’un autre âge du chanteur en homme satisfait, entouré de compagnes à la jeunesse éclatante dans des mises en scènes roublardes. Le ringard est un jeu trouble et parfois formidable qui, lorsqu’il se conjugue aux moyens et à la liberté qu’offre le monde de l’art, a vite fait de se perdre en auto promotion lugubre à la libido bien triste. G.B.