Raphaël Massart — En questions
À l’occasion de son exposition Pantin présentée dans la Project Room du Plateau — Frac Île-de-France, Raphaël Massart revient sur un parcours qui l’a conduit des sciences et du design aux arts plastiques, ainsi que sur une pratique située à la croisée de la sculpture et de la photographie. Nourri de références multiples mais attentif à ce qui demeure encore à expérimenter, l’artiste évoque son rapport au langage, aux objets et aux formes d’indétermination qui traversent son travail.
Comment en êtes-vous arrivé à l’art et quel a été votre parcours jusqu’ici ?
Raphaël Massart: Je suis passé par l’université dans un double cursus sciences & histoire avant de rejoindre l’Ensci-Les Ateliers en design. Puis durant le confinement j’ai rejoint les beaux-arts en 3ème année. J’ai passé mon diplôme en 2024.
Comment définiriez-vous votre pratique ?
Je suis sculpteur et photographe.
S’agit-il pour vous de vous inscrire en rupture avec une histoire (de l’art des formes, des idées) ou dans la continuation d’une tradition ?
C’est toujours un chassé croisé entre les deux. Je ne pense pas être en rupture avec quoique ce soit et je travaille avec beaucoup de références. Mais une partie importante du travail consiste à se demander ce qui reste à essayer.
Des figures de la création ou de la pensée continuent-elles de vous nourrir ?
Oui, et pas uniquement dans les arts plastiques.
Quel impact cherchez-vous à provoquer sur le spectateur ?
Je suis intéressé par le fait qu’une exposition ne remporte que rarement d’effet immédiat sur un public. Il arrive qu’une semaine, un mois, un jour après avoir vu une œuvre, je rencontre quelque chose ailleurs qui me fait poursuivre la lecture de celle-ci. J’essaye de prendre ça en compte dans mon travail.
Donnez-vous toutes les clés de compréhension ou ménagez-vous des zones d’indétermination dans votre œuvre ?
Des aspects de mon travail proviennent de contextes ou d’histoires qui sont liés à ma vie privée. Souvent, cela n’est pas explicité et trouble la compréhension d’une œuvre. J’aime cette citation de l’artiste Roni Horn : “On utilise la métaphore pour dissiper l’inconnu. Le problème, c’est que c’est dans l’inconnu que je veux être”
Souhaitez-vous, à travers vos œuvres, représenter l’image d’un autre monde possible ou au contraire nous encourager à nous représenter le nôtre de manière nouvelle ?
L’utopie et sa représentation me posent problème. Dans un régime visuel dominant c’est une tâche impossible de représenter un monde rêvé. Je préfère penser aux manières de disloquer le réel pour donner envie de s’y essayer aussi.
Pouvez-vous nous dire quelques mots autour de l’exposition que vous présentez dans la Project Room du Plateau ?
Pantin est une réflexion autour du langage et des objets, de la frontière fictive entre public, privé, intime. A partir de signes provenant d’un point de vue extrêmement subjectif (sur la ville, le corps, le travail), j’essaye de provoquer de la tension avec des matières familières.
La pratique de l’exposition a-t-elle modifié votre manière de travailler ?
Oui très probablement. L’exposition est un médium très particulier qu’il est encore possible d’inventer, tandis que ses composantes sont assez stables depuis plusieurs dizaines d’années.
Parmi les artistes de votre génération, y-a-t-il des démarches qui vous impressionnent ?
Je ne suis pas sûr de comprendre la question. Il m’arrive souvent d’être très ému ou en désaccord avec le travail d’une personne.
Quelle(s) exposition(s) en cours nous conseilleriez-vous ?
Marie Voignier à la galerie Marcelle Alix. John Lindell, à Shmorévaz. Gilles Jacot et A Certain Distance au Café des Glaces (Tonnerre).
Quels projets pour les mois à venir ?
Principalement des expositions collectives, et la poursuite d’un travail éditorial sonore avec le label Aveycke Press.