Asile Exodus & Fuga — Centre Wallonie-Bruxelles, Paris
Au Centre Wallonie-Bruxelles, la bien nommée anarkhé-exposition marie les contraires et défie les contradictions en agençant dans l’espace une somme de propositions alliant le mouvement et la pesanteur. Réunie dans le cadre de la deuxième édition de la Biennale Archipel#Chaos-Monde, une vingtaine de pratiques y abordent les déplacements, les refuges, les frontières et les transformations du vivant.
« Anarkhé-exposition — Asile-Exodus & Fuga », Centre Wallonie–Bruxelles du 11 septembre au 10 octobre. En savoir plus Le voyage, l’illusion de l’évasion et le désir d’ailleurs agissent dès l’entrée comme autant de trompe-l’œil que la compréhension éclaire pour en renverser le magnétisme. Dans cet ensemble aussi libre qu’attirant, la pierre et le textile jouent les premiers rôles, comme pour souligner la rupture (ou la nécessité) des attaches nécessaires à l’invention des figures d’existence à venir. La soif de liberté et le mur du tragique tissent dès l’entame la trame d’une exposition qui fait du drame humain se jouant dans l’exil une réalité diffuse, que l’on se doit de restituer et de comprendre au-delà d’une actualité qui ne le regarde même plus, quand elle ne l’invisibilise pas sous la paranoïa d’une population qui, elle, vit.Films, installations, sculptures, dispositifs sonores et performances font varier les manières d’éprouver la géographie. Le sol et le linceul s’ébattent pour mieux parler de cette figure spectrale qui hante l’exposition sans (quasiment) jamais se donner à voir : la Méditerranée. Pensée donc, par définition, comme un sujet reliant et déliant plutôt qu’un objet délimitant, la mer exhibe la plasticité d’imaginaires proches de la collision comme de l’hybridation. L’anarchie y est fertile ; elle permet à l’exposition de construire, à rebours d’une cartographie, un lieu d’instabilité qui reflète ce réel où la vie n’est qu’un risque, où les formes elles-mêmes se dérobent à leurs contours, où ce qui nous abritait est rendu à sa condition d’option provisoire, une membrane fragile qui menace autant qu’elle relie aux autres.
On navigue donc à vue et plein d’une vibration grave ; asile, migration : le cadre se détend et perd précisément sa fixité ; la frontière tient davantage du promontoire depuis lequel observer l’absurdité de ses tracés, l’inanité de sa rigidité.