
Jim Jarmusch — James Fuentes Gallery, Los Angeles
Le cinéaste également poète et artiste Jim Jarmusch dévoile une facette plus intime et méconnue de son art à travers une exposition à Los Angeles à la galerie James Fuentes. Il y expose à partir du 29 mars une série de collages, poursuivant un projet entamé il y a plusieurs décennies dans l’intimité de son studio. Une pratique discrète et magnétique qui offre un reflet inédit à son œuvre cinématographique. Nous vous présentons quelques-unes de ses œuvres en avant-première.
Ce n’est qu’en 2021, lors d’une première exposition chez James Fuentes à New York, que le public découvre ce pan de son travail qui met en scène des éléments disparates pour les faire vivre hors du temps et de l’espace auxquels nous les assignons. Dans ses travaux récents exposés dans some more collages, Jarmusch se concentre sur une mise en scène de l’oblitération, brouillant par un geste spontané et basique les frontières du visible et de l’invisible, du familier et de l’étrange.
Des plages atmosphériques contemplatives de ses films aux découpes minimales et approximatives de ces collages sur fond noir de silhouettes étêtées, un fil de l’étrange et de la suspension semble lier ses pratiques. Les images qu’il a toujours collectionnées tout comme les paysages qu’il enregistre se parent d’une nouvelle forme de réalité, où la vie, presque spectrale, se passe de mots comme de visages.
« Mon processus de création, déclare-t-il dans le texte accompagnant l’exposition, tiré d’une interview du New York Times, est très similaire, que j’écrive un scénario, tourne un film, compose de la musique, écrive un poème ou réalise un collage. Je commence toujours par rassembler les éléments dont j’aurai besoin pour créer. Les collages réduisent cette démarche à sa forme la plus minimale. »
Par le vide donc, Jarmusch creuse dans l’image les voies pour laisser s’échapper l’imaginaire et offre une collection de compositions dont la violence de l’acte de dépersonnalisation laisse, au fil du parcours, la place à une poétique du flottement. Corps anonymes et figures d’œuvres emblématiques de l’histoire de l’art, sujets historiques se voient ainsi traitées d’égal à égal, délicatement privés de leurs visages, parfois de leurs bras pour flotter parmi les limbes d’un paysage mental familier, partagé par tous.
Libre dans son geste, il alterne coupes et collages, recolle et rafistole des cadres dont il déchire systématiquement les bords. En suspens là encore, les angles de ses images ne sont jamais des frontières, jamais des fins. À l’image des antonymies apparentes de nombreux titres de ses films (Dead Man, Ghost Dog, Broken Flowers, Permanent Vacation) les différences et contraires se plient et s’apprivoisent pour ne jamais se résoudre définitivement, meurtries mais jamais disparues.
Exposition Jim Jarmusch, some more collages, du 29 mars au 26 avril, James Fuentes LLC Gallery, 5015 Melrose Ave, Los Angeles