Franck Chalendard — Galerie Ceysson & Bénétière
À la galerie Ceysson & Bénétière, Franck Chalendard déploie une énergie fantastique qui, si elle marque d’abord par sa dynamique, convainc par la somme de chemins de traverse qu’elle fait emprunter à une pratique de la peinture dont la radicalité pousse à sortir de son cadre.
Ça explose, ça bouge de partout : d’une toile à l’autre, les mouvements résonnent sans directement se répondre et dessinent un battement continu que les divers objets qui sortent des toiles n’entravent en rien mais prolongent au contraire.
Une dynamique de l’excès et du trop-plein qui obéit à la pratique de l’artiste, en constant renouvellement. La contradiction, l’impermanence des acquis et la liberté du geste sont en effet des prérequis au protocole de chacune de ses séries, laissant le champ du visible, derrière la réflexion fondamentale, à l’accident, ou plus précisément à l’incidence. Car chaque moment du tableau dicte le suivant, infère une réponse de la couleur, de la matière (voire de l’effacement et de son report sur une toile, comme c’est le cas dans l’une des séries présentées ici), pour continuer de s’écrire ailleurs.
Émerge ainsi insidieusement une ligne, telle une courbe d’horizon qui semble parcourir l’ensemble des œuvres présentées, accidentée certes, et reflétant précisément cette progression sans évolution, cette distorsion fertilisante qui, refusant la hiérarchie et l’imposition de l’ordre, s’attache à donner sa place à la différence, à la répétition du nouveau.
Comme un éclat, donc, dans cette pratique, chaque œuvre est mouvante et la saturation de la matière accompagne la mise en crise du statut même du tableau. La peinture s’exprime et rend expérimentable le geste du peintre, mettant à nu les différentes strates de sa composition. Une humilité qui la dépare de tout surplomb et abolit le secret sans la dépouiller de sa complexité.
Comme un double analogique, la sculpture faite de planches de bois peintes rejoue cette composition par l’amas, accumulant, dans un mouvement pareil à celui de la boule de neige, la matière nécessaire à son érection. Comme pour composer sur la toile, Franck Chalendard y maintient un mouvement continu, par l’écoulement de la matière, par la dispersion du tube, pour embarquer cette dynamique fragile jusqu’à saisir l’équilibre instable qui fait son unité.
Franck Chalendard, Le vent souffle où il veut, du 04 décembre au 31 janvier 2026, galerie Ceysson & Bénétière, 23 rue du Renard, 75004 Paris