Camille Pradon — Galerie lilia ben salah
La galerie lilia ben salah accueille une exposition tout en subtilité de l’artiste Camille Pradon (née en 1993), qui y poursuit sa recherche profonde sur la matérialité de l’image en orchestrant un dialogue sensible et muet entre les matières.
« Camille Pradon — Verticales », Galerie lilia ben salah du 4 décembre 2025 au 17 janvier 2026. En savoir plus Auscultant les vides et les pleins, les formes et les retraits, l’œuvre de l’artiste juxtapose les signes comme autant d’événements discrets qui ponctuent un parcours aux allures de partition de conscience, jouant à chaque stance comme une question adressée à notre perception. Après une première exposition à la galerie consacrée à la surface (Sol absolu), Camille Pradon bouscule le plan pour se concentrer sur la verticalité et observer sa propension à la réminiscence, sa mise en perspective de la résistance.Matières, lignes, couleurs, tout concourt, dans cette litanie des différences, à l’élaboration d’une intrigante progression où l’histoire, l’archive, la fantaisie et l’ornementation mêlent leurs voix pour révéler leurs gémellités. Avec une nomenclature d’une sobriété qui confine à l’objectivité en trompe-l’œil, Camille Pradon disperse dans l’espace des éléments qui agencent une scène d’affects à deux entités, l’une humaine, l’autre fantastique : deux sculptures de céramique (et leurs réminiscences également) aux surfaces très différentes ; un pêcheur et un « naufrageur », monstre marin issu du folklore japonais s’attaquant aux navires. Deux figures qui tissent un lien intime entre la surface de l’eau et ses profondeurs. Le premier, essentiellement sur le fil ; le second, de manière plus ambiguë, entre les lignes, tant sa définition regroupe légendes et pratiques antithétiques, de l’abordage et du saccage des navires au pillage de leurs épaves. À la surface donc, tout se brouille, à l’image de la photographie d’un horizon de mer, surmonté d’un massif dont la base se dissout dans une brume qui interdit de trancher.
Les anfractuosités du temps (et de l’environnement) sur la pierre résonnent avec les pointes coulées de pinceau sur des feuillets tombant en cascade ; les amas de matière figés par leur assèchement sortent de leurs supports en un mouvement miroir à la planéité de photographies rendant elles-mêmes des reliefs et perspectives de lumières. Le regard, encouragé par le parcours à un mouvement sinusoïdal, se voit pourtant pris au piège dans les angles épineux d’une plante intitulée « Mesure », comme le témoin mystérieux d’une vocation à la verticalité. Entourée de mystères qui sont autant de failles laissant à l’imaginaire la place de déployer sa propre lecture, l’ensemble de Camille Pradon marque par la richesse de sa sobriété. Il inscrit son interprétation dans une temporalité verticale, celle, non linéaire, de la succession événementielle des trouvailles par émergence du visible, où la boucle, le retour et le recommencement sont bienvenus.
De cette multitude de rencontres formelles et de paradoxes matériels émerge ainsi une sidérante prééminence de reliefs discrets dans l’espace, qui traduisent la variété des biais d’une perception qui se voit ici menée, par touches subtiles, à la révélation d’une nature matérielle, « proéminente », de la conscience.