Booth & Both — Montrasio Arte, Paris pop-up
La galerie Montrasio Arte présente, durant la semaine de l’art contemporain à Paris, une exposition d’envergure dans son pop-up parisien du Marais, où l’art se donne dans une série de dialogues qui dépassent leurs locuteurs originaux.
Les échos directs, à la manière des peintures de Cremonini et Leoncillo, succèdent aux croisements historiques, notamment à la très fertile association de Gordon Matta-Clark et Dennis Oppenheim dont, rappelle le travail de recherche accompagnant l’exposition, les routes se sont croisées alors que Matta-Clark était tout juste diplômé. Une mise en lumière qui va se révéler passionnante, tant la confrontation de leurs travaux respectifs témoigne ici d’une aptitude à altérer le monde pour mieux en dessiner la lumière essentielle. Plus encore, dans ces œuvres emblématiques de leur corpus émerge une dimension poétique, une solitude habitée qui traduit une sensibilité poignante affleurant du minimalisme le plus radical. Le miroir tendu entre les deux œuvres se meut en formidable chambre d’échos où la pierre déchirée de Gordon Matta-Clark fait surgir un éclat de lumière au contraste analogue aux coupes réglées d’Oppenheim à la surface. Grande spécialité de la galerie tout au long de l’année, la mise en dialogue d’œuvres historiques prend toute sa dimension dans l’ensemble de l’exposition, où les contrastes, les éclats de lumière et les manières de tordre la matière offrent une variation des paysages et des mondes que l’on habite, en faisant résonner des analogies proprement inattendues, à l’image d’éclats de couleur émaillant la peinture de Cremonini que l’on pourrait rapprocher des anfractuosités de matière capturées par Gordon Matta-Clark.
Cet écrin est aussi l’occasion pour le public parisien de se plonger dans les vertiges existentialistes de Bepi Romagnoni, étoile filante du courant réaliste existentialiste qui sut traduire les contradictions d’une société d’après-guerre décidée à se confronter à sa propre mortalité. Une vision qui paraît tisser le fil de cette exposition ; émerge en effet une véritable réflexion sur la « décomposition » dans son sens littéral, cette capacité de chacun des artistes à s’inscrire dans l’histoire tout en se refusant à rendre une image absolue du monde, pour mieux explorer, dans sa relation à nos propres transformations, son urgence.