Sterling Ruby, vue de l’exposition TILL DEATH DO US PART, galerie Gagosian, rue de Castiglione, Paris
© Sterling Ruby — Photo : Thomas Lannes
Sterling Ruby — Galerie Gagosian, Paris
Point de vue
Article
Le 6 juillet 2026 — Par Lana Dali
Depuis la rue, l’exposition de Sterling Ruby, artiste américain né en 1972 dont la pratique mêle sculpture, peinture, céramique, textile et dessin dans une exploration constante des tensions entre beauté, violence, mémoire et transformation, impose dans la vitrine de cet espace longiligne de la galerie Gagosian son étrange symphonie, faite de séduction et d’âpreté.
« Sterling Ruby — TILL DEATH DO US PART », Gagosian Gallery du 12 juin au 13 octobre.
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Les vastes champs bleus des cyanotypes de la série
Ghosts débordent les murs tandis qu’émergent du sol les silhouettes de grandes fleurs entremêlées, les
Bound Flowers. La séduction est manifeste, presque revendiquée au cœur de cette façade qui répond aux excès d’un quartier (la place Vendôme) devenu miroir aux alouettes. Cette frontalité est la condition même d’une expérience d’un silence spectaculaire. Tout semble vouloir parler, les traces amorcent une écriture, les fleurs s’enlacent dans un déluge de symboles. Aucune délicatesse pour autant ; arrachées à leur fragilité première, elles se dressent dans le bronze, acérées. Leurs tiges fondues dans le métal, leurs volumes distendus et leurs ramifications figées composent des corps contondants, des présences qui inquiètent plus qu’elles n’émeuvent. La violence de l’acte de moulage, peut-être, qui arrache à la nature le spectre d’une fixité inventée, détournée pour des siècles dans la sculpture.
Sterling Ruby, vue de l’exposition TILL DEATH DO US PART, galerie Gagosian, rue de Castiglione, Paris
© Sterling Ruby — Photo : Thomas Lannes
Un même déplacement affecte les œuvres sur papier. L’encre et le cyanotype troquent leur légèreté et leur fluidité pour s’arrimer avec violence aux cimaises. Leur envergure absorbe le regard tandis que leur densité vient presque le contraindre à l’extériorité ; une contradiction qui résonne avec l’ambiguïté même de l’installation dans sa totalité, parcourue d’une énergie impressionniste et ne cachant en rien son programme symbolique, à l’image de son titre, hautement engageant (Till Death Do Us Part)… Les fleurs s’ébattent en couple, mettant à l’épreuve le vœu marital d’un attachement qui dépasse pourtant le symbole et se heurte à la crudité de la mort, celle-là même qui sanctionne la promesse d’une vie partagée.
Entre attraction et répulsion, le symbole répond peut-être tout simplement à l’artificialité de nos conventions et ôte toute spontanéité, toute naturalité à ces fleurs pour ne conserver que l’essentiel : leur rencontre, entre elles puis avec nous.