Transparences liquides — Cpif, Pontault-Combault
L’exposition Transparences liquides au CPIF de Pontault-Combault interroge notre relation aux images, aux écrans, à la perception comme expérience nécessitant du temps et un déplacement physique. Les œuvres des artistes sont subtilement installées de manière à nous laisser les découvrir dans leur singularité au fur et à mesure de notre cheminement.
Les séries d’images de Laure Tiberghien nous attirent d’abord par leurs couleurs intenses et les légères variations qu’elles présentent. L’artiste mène en effet des recherches expérimentales par le biais de gestes d’interaction entre la lumière et la chimie photographique, notamment par le biais d’objets avec lesquels elle joue, faisant apparaître des formes et des couleurs. Les cinq tirages nommés Gradations nous amènent à saisir les légères variations entre chacune, le liseré rose résultant de l’oxydation du papier photographique périmé révèle le passage du temps. Le travail de l’artiste nous fait prendre conscience que chaque image relève d’une composition et qu’il convient d’apprécier toutes les nuances qu’elle contient. Plus loin, ses trois tirages de grand format Moon #1, Moon #2 et Moon #3 nous invitent à une expérience de l’ordre de la méditation face à un champ de couleurs et en s’approchant nous saisissons d’infimes détails. La découverte de l’œuvre ainsi progressive nous engage à nous laisser transporter dans un espace infini. Au sol, les pièces Tube et Photosynthesis de Matan Mittwoch peuvent apparaitre telles des énigmes. Par le détournement de dispositifs optiques, l’artiste nous convie à nous questionner sur l’utilisation de ces outils d’observation et de prise de vue, ici privés de leur fonction première. De loin, TELE, son grand tirage jet d’encre nous attire, nous aveugle presque par le halo de lumière qu’il renvoie. Notre vision serait-elle perturbée au vu de la quantité d’informations qui circulent et face auxquelles nous devrions prendre un certain recul ? Telle est l’interrogation au cœur de la démarche de l’artiste.
La perception de la lumière est également au cœur de l’exposition notamment à travers les œuvres d’Anne-Camille Allueva, créées spécifiquement pour l’occasion. Au sol et contre le mur, Screen View (floor piece) et Screen View (light piece) incarnent le processus de diffraction de la lumière. Entre apparition et disparition, celles-ci nous engagent à nous mouvoir pour tenter de garder en mémoire l’expérience lumineuse. Au-delà, nous pouvons nous interroger sur la place des écrans dans notre quotidien et sur la nécessité de nous ouvrir à une multiplicité de points de vue sur notre environnement. Plus loin, face à l’image And the stars look very different today de Matan Mittwoch, nous pouvons songer à un ciel étoilé alors qu’il s’agit en réalité d’une vue d’un gros plan d’un papier abrasif. Là encore, il relève du désir du spectateur de s’approcher, d’être troublé pour finalement chercher à déceler le sujet photographié.
Les œuvres ici réunies suscitent une première approche sensible, telle une amorce pour une réflexion sur l’expérience de la perception. Celles-ci nous invitent dans un second temps à envisager la diversité des expérimentations des artistes créateurs d’images, entre sculpture et installation. En somme, cette exposition attire notre curiosité et nous convie à passer du temps face à chaque œuvre, à revenir la voir pour la comprendre.