Chechu Alava — Galerie Xippas
Présentée au sein d’une exposition chez Xippas dont la douceur n’enlève rien à la force, Chechu Alava confectionne à travers ses toiles une savante alchimie du rayonnement et de l’intériorité, de la lenteur et de l’immédiate évidence. Portant à la lumière autant que soulignant le retrait, sa peinture explore depuis une vingtaine d’années le spectre de la représentation féminine en entretenant l’ambiguïté poétique de ses lectures, l’évidence politique de sa réappropriation. En tous sens.
« Chechu Alava — The Hall of Mirrors », Galerie Xippas du 25 avril au 6 juin. En savoir plus Et à jouer de la frontière entre sublimation du classicisme et cristallisation, à travers son médium, d’une relecture critique de son histoire, Chechu Alava, diplômée des Beaux-Arts de Salamanque, installée à Paris et vouée à la peinture depuis le milieu des années 1990, déplace les enjeux attendus (bien que nécessaires) d’une affirmation identitaire pour manifester la concrétude d’une présence. Une spécialité de l’artiste qui, là encore, orchestre une confrontation des symboles et des genres à travers la mise en perspective de figures religieuses et la portée sociale (voire sociétale) de leur perception. Écho direct à la Magdalena pénitente de Juan Carreño de Miranda, monument pictural du XVIIe siècle plein d’un romantisme enivrant où mythe et cruelle réalité se partagent une composition outrant la vanité, sa Marie Madeleine, présentée dans l’exposition, refuse de séparer le réel de sa suspension. De la pénitence à la réflexion, ses femmes brillent sous les limbes d’écrans dont on ne sait si le miroir qu’ils renvoient les nappe d’une connaissance nouvelle ou les enserre dans une injonction continue.Des écrans qui agissent comme autant de transitions entre les toiles, ouvrant sur les drames terribles d’une actualité criante à laquelle l’artiste ne se dérobe pas. Usant de formats analogues à ceux d’écrans de smartphones, elle y fait figurer par impressions des fragments d’une réalité qui résiste à l’oubli.
Pour autant, les détachements actifs — celui du regard, celui d’un doigt traînant, celui-là même de la mise vestimentaire, clairement domestique — tiennent à distance toute lecture définitive et toute projection. Car faire exister le singulier, c’est d’abord contredire les réductions aux genres, c’est désamorcer, le temps de leur exposition, les biais de domination.
De l’introspection à l’extériorisation, toutes les histoires des femmes passent par ces corps qui émergent de limbes définitivement vivantes, telles une constellation de symptômes dont l’apparition désépaissit le voile qu’on leur impose. De l’aléatoire d’une vision, du hasard des vaisseaux qui les font naviguer jusqu’à nous, Chechu Alava rend une mappemonde des corps pleine de la quiétude de sa nécessité. Les « femmes d’intérieur », devenues capitaines d’odyssées intimes infinies, renvoient aux histoires secrètes qui affleurent depuis quelques années dans son travail, où le for de consciences féminines nourrit une figuration du manifeste ; celui qui, en premier et hors de toute théorie, se donne à sentir.
Derrière donc l’étrangeté, derrière l’apparente fixation, c’est une somme d’intensités explosives qui se joue, empruntant sans sacrifier à la tradition ses moyens d’inventer une résistance éthérée et belle, dont la séduction, loin d’être liquidée, irrigue le spectre de nos lectures.