C.h.a.i.s.e.s — New to the Wall Foundation, Paris pop-up
Pop-up réjouissant de la semaine de l’art contemporain, le projet C.h.a.i.s.e.s, porté par la New to the Wall Foundation, confronte, au cœur d’une passionnante réflexion autour de la vie et de l’usage des chaises du jardin du Luxembourg, laissées à la liberté des utilisateurs de ses espaces, les visions de six artistes aux pratiques multiples, du dessin à l’installation sonore, de la peinture à la sculpture.
Par la chaleur, d’abord, dans les dessins (et les inventions mécaniques pleines de poésie qui les accompagnent) de Quinn Lewis qui, jouant des reflets et des vibrations du trait, rend sa figuration habitée d’une souplesse presque épidermique. Dans l’hypersensibilité des dessins de Jessica Anne Schwartz, c’est bien la force poétique et la capacité de l’objet à se donner à la perception sous forme d’images qui s’illustrent. Elle recompose ainsi en partitions poétiques les mouvements et sonorités de moments passés dans le Jardin à travers des dessins d’une finesse exceptionnelle, dont la composition tendue parvient à illustrer l’exceptionnel équilibre entre puissance et légèreté. Dadaïstes et diablement efficaces, les dessins de Wayne Pate organisent le défilé de chaises dont on ne sait si elles sont anthropomorphes ou anthropophages, fondant sur les êtres qui les ont utilisées et s’inscrivant à vie dans leur mémoire. Qui, en effet, pourrait oublier cette expérience d’une lecture, d’une discussion ou d’une rencontre au jardin du Luxembourg sur l’une de ces chaises ?
Bien plutôt que l’oubli, l’absence, elle, joue à plein dans les peintures de Charlotte Tampol et sa mise en scène d’une disparition anodine, celle d’un couple enlacé qui, sur une toile jumelle, a abandonné un sac de provisions. Au-delà de la maîtrise technique de la lumière, les toiles de l’artiste renversent sujet et objet pour faire des chaises non plus les témoins de l’histoire principale, mais bien les gardiennes des milliers d’autres qui s’y déroulent chaque jour. Et elles ont peut-être beaucoup à dire ; une hypothèse qu’Allard van Hoorn prend au sérieux avec son installation. Là, l’une de ces fameuses chaises suspendues transmet ses vibrations à travers un ingénieux dispositif d’amplification pour lancer son chant magnétique. À ses côtés, un rouleau de dessins emprunte à la philosophie, à la littérature et à la poésie des signes et symboles qui leur offrent une mythologie.
Une forme de vie pour lui, qui entre en résonance avec tous les autres travaux présentés ; si la poétique de leur mouvement a certainement beaucoup à nous dire, il est surtout urgent pour nous de préserver, en les écoutant, ces mouvements, ces moments de liberté, d’invention et de rêverie qui ne nous relient à rien d’autre qu’aux autres, présents.