Tendres Débris — Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois
Réjouissante, pleine de vie et d’une très haute tenue, l’exposition Tendres Débris réunit à la galerie G-P & N Vallois des générations et des horizons d’artistes autour du rejet, de la récupération de ce qui n’a plus sa place dans une société de consommation systématisée.
Indétachable de notre modernité, la question de l’exclusion, du reste et de l’obsolescence devient chez ces artistes matière à réinvention, réinterprétation d’une utilisation qui détourne la fonctionnalité « sacrée » et première de l’objet. C’est qu’avant d’être un mouvement, le moteur est une forme, que l’art sait percevoir comme une modification de son paysage mental et s’approprie, à l’image des œuvres présentées ici (et toutes passionnantes), par un détournement poétique qui le magnétise à son propre imaginaire.
Les formes se rejoignent ici à travers leurs singularités, sonnant le glas de la reproductibilité qui les caractérisait : naissent des créatures hybrides et fantastiques (Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely), apparaissent des abstractions pures habitées d’une mystique bien tangible (Moffat Takadiwa), se dessinent des béances cosmiques à travers la familiarité des signes (Jacques Villeglé, Raymond Hains, François Dufrêne), s’auto-génère une forme de vie organique laissant sa nature première reprendre ses droits (Henrique Oliveira), se monte un théâtre d’inventions narratives hallucinées (les jouets remis en scène de Tomi Ungerer), s’inventent des allégories romantico-biographiques (le soi de chiffon de Ryan Gander), apparaissent des révélations transcendantales au cœur de la ville (Perrine Guyonnet), se réagence notre paysage intérieur conjuguant l’exotisme de l’image et la domesticité (Pilar Albarracín), se parent de noblesse le commun en devenant atour de cour (la robe « impériale » de Prince Toffa)… Une litanie réjouissante et kaléidoscopique d’actions nées de la réaction, d’événements nés de l’inertie, qui peuplent un parcours décidément versé dans la surprise et, dans sa diversité, d’une formidable ambition.
Truculentes et romantiques, les œuvres portent surtout une manière d’habiter le monde en prenant conscience de sa réserve infinie d’inventions, déployant une somme inattendue de réflexions fortes. Et actant, en dernier lieu, que prendre le cours du monde à rebours est peut-être la seule manière de révéler que politique et poétique sont deux faces d’un même envers.
Tendres Débris — Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, du 16 janvier au 07 mars 2026, 33-36 rue de Seine, 75006 Paris